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Célédones (francais) - Le mot du jour - Forum Babel
Célédones (francais)

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Outis
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Inscrit le: 07 Feb 2007
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Messageécrit le Wednesday 08 Jun 11, 11:51 Répondre en citant ce message   

On ne peut pas dire que les Célédones soient bien connues. Sont-elles des monstres, des divinités ou des automates ? Probablement un peu des trois. Dans son Banquet des philosophes (Δειπνοσοφισταί, ) Athénée, au IIIe siècle de notre ère, semble à la fois les aimer et les craindre :

Athénée (trad. Lefebvre de Villebrune) a écrit:
… ces Célédones qui, dans Pindare, font, comme les Sirènes, oublier de manger, et dessécher ceux qui se livrent au plaisir de les entendre.

Hélas, Pindare lui-même ne nous livre aujourd'hui que peu de détails car nous n'en avons qu'un témoignage fragmentaire et indirect :

Pausanias, 10.5.12, a écrit:
Le troisième temple* était fait de bronze et, sachant qu'Acrisios fit une chambre de bronze pour sa fille** et que les Lacédémoniens possèdent encore un sanctuaire d'Athéna à la Maison de Bronze*** […] il n'est pas invraisemblable qu'un temple de bronze eut été fait pour Apollon. Mais le reste de l'histoire je ne peux le croire, ni que le temple ait été l'œuvre de Héphaistos, ni la légende à propos des chanteuses d'or qu'évoque Pindare dans ses vers sur le temple de bronze :
χρύσειαι δ᾽ ἐξύπερθ᾽ αἰετοῦ
ἄειδον Κηληδόνες
et d'or, au-dessus de l'aigle****
chantaient les Célédones
* des temples mythiques du sanctuaire de Delphes, le premier aurait été fait de laurier, le second de miel et de plumes et le troisième de bronze par Athéna et Héphaistos collaborant une fois de plus ;
** il s'agit du mythe de Danaé et la chambre n'empêcha pas la pluie d'or de Zeus de la faire grosse de Persée ;
*** l'archéologie a confirmé à Sparte un temple recouvert de bronze ;
**** c'est ainsi que les Grecs nommaient le fronton de leurs temples, le comparant à un oiseau aux ailes déployées.


D'autres sources mettent ces Célédones, faites d'or mais de voix humaine, dans la liste des automates fabriqués par Héphaistos, tandis que des études plus récentes (cf. note 93) voient en elles des réminiscences ou des préfigurations, soit des trois Muses primordiales, soit de la voix oraculaire des Pythies.

Mais ce qui compte ici pour moi, c'est surtout l'ambiguîté de leur chant qui, comme celui des Muses et comme celui de l'Oracle, est dangereux par sa séduction même. Comme pour Apollon, le Guérisseur dont les flèchent apportent aussi mort et désolation, aller vers la Lumière a un prix qui est sans doute de se mettre en danger et d'affronter l'ambivalence de la séduction. Et c'est maintenant qu'un peu d'étymologie s'impose.

Le nom grec de ces chanteuses, Κηληδόνες, est clairement dépendant du verbe κηλέω « charmer, fasciner, enchanter », en général par des chants (comme les Sirènes) ou des paroles, avec, quasi constamment, un risque latent. Quant au suffixe (sing. -δών), il est connu pour des noms d'oiseaux (χελιδών « hirondelle », ἀηδών « rossignol ») et doit remonter à l'eurindien (lat. hirundō « hirondelle »).

Selon les dictionnaires, le verbe κηλέω ne serait pas sans cognats eurindiens :
— latin caluor « chicaner, tromper » et calumnia « calomnie » (< participe *calu-mnus) ;
— gotique (af)holon « calomnier », anglo-saxon hōl « calomnie », huolian « parler en mal de ».

Je trouve cependant que les choses ne sont pas si simples. On peut admettre avec le grec un schéma sémantique général « détourner par des paroles », voire une ambiguïté fondamentale dans la fonction du chanteur-poète eurindien (barde, scalde, aède, etc.) qui est de célébrer la gloire du héros mais aussi, s'il le faut, de le détruire par l'usage de la satire (un procédé bien connu dans les mythes d'Irlande). Le germanique, comme le latin, aurait surtout gardé cet aspect négatif mais on tiendra compte cependant de l'indication de Torp (Wörterbuch der Indogermanischen Sprachen) :
¶ an. hôl n. Lob (wohl eigentl. Schmeichelei) [vx norois hōl « éloge » (en fait probablement « flatteur »)]

L'aspect phonétique est lui aussi délicat. On devrait poser en grec un thème *keh₁-l- car le η radical n'est représenté par α dans aucun dialecte et Pokorny (p. 551) confirme :
¶ Gk. Att. κηλέω (Proto-Gk. η)
Mais cette forme n'explique pas du tout le a du latin et assez mal le ō du germanique (qui peut provenire de ou eurindien) car il faudrait supposer pour tout le germanique une généralisation sans alternance d'un degré o *koh₁-l-.
Une solution serait de poser une racine *k(e/o)l- et de considérer que le latin en montre le degré zéro tandis que le grec *kēl- et le germanique *kōl- n'en seraient que des allongements (expressifs ?). C'était le choix de Persson (Beiträge zur indogermanischen Wortforschung, 1912) car il permet d'ajouter à la famille le grec κόλαξ « flatteur » (autrement sans étymologie), mais il n'est guère suivi.
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