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La bru, une mal-aimée ? - Langues d'ici & d'ailleurs - Forum Babel
La bru, une mal-aimée ?
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Outis
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Inscrit le: 07 Feb 2007
Messages: 3496
Lieu: Nissa

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 2:13 Répondre en citant ce message   

Lire le Fil Et le gendre ? (germanique), inspiré de celui-ci. (José)


J'ai été un peu intrigué quand rejsl nous a fait connaître dans un autre fil un proverbe yiddisch évoquant le statut de la bru :

rejsl a écrit:
tsu der tokhter redt men un di shnur meynt men ( on lui dit " ma fille" et n'en pense pas moins la shnur " pièce rapportée")

Comme j'ignorais tout de ce nom de la bru (all. die Schnur), j'ai eu envie d'étendre un peu les indications étymologiques que rejsl avait empruntées à Grimm et Kluge.

Le plus simple est de partir du grec homérique νυός qu'on rencontre au chant III de l'Iliade où Hector reproche à son frère Pâris l'enlèvement d'Hélène :
… nous ramener d'une terre lointaine une belle femme [acc. γυναῖκα], déjà bru [acc. νυόν] de héros belliqueux

Le comparatisme restitue pour νυός une forme *snusós (le s eurindien est très instable en grec) qui offre la particularité rare d'appartenir à la classe des dérivés thématiques (2nde déclinaison du latin) tout en étant un féminin. Non seulement un féminin sémantique, mais aussi grammatical comme en témoigne encore Homère dans l'Hymne à Aphrodite où la Déesse séduit Anchise :
… présente-moi à ton père et à ta mère […] je ne serai pas pour eux une bru [nom. νυός] indigne [nom. fém. ἀεικελίη]

Le cas n'est pas isolé en grec (voir παρθένος « jeune fille, vierge ») et l'arménien nu, gén. nuoy confirme un ancien *snusós, mais d'autres langues ont créé par analogie un féminin plus ordinaire en -ā, comme le sanskrit snuṣā, le vieux-slave snucha ou le germanique où on pose un germanique commun *snuzō (eur. ā > germ. ō) à l'origine du vieil-anglais snoru et de l'allemand Schnur.

Le cas du latin est plus complexe et, si le nominatif nurus y est bien l'évolution régulière de *snusós, on lui a donné un génitif nurūs par analogie avec socrus, gén. socrūs « belle-mère » où le ū est étymologique. Cependant, ces thèmes en -u n'étaient pas fréquents en latin et on trouve vite des formes populaires de féminin en -a, d'abord nura puis nora. En effet ur non suivi de u aboutit à or comme le montre le nom de la porte (lat. foris < eur. *dʰur-).

C'est ce nora qui a survécu dans les langues romanes (Meyer-Lübke 6000). Le corse, le catalan ou le portugais gardent nora mais, fréquemment le o se diphtongue, italien nuora, espagnol nuera, ancien français nuere. De ce nuere, je n'ai pas trouvé d'attestation littéraire mais le Dictionnaire étymologique et ethnologique des parlers brionnais confirme son existence dans une digression sur le terme local dzendrèsse « bru », autrement dit « gendrasse », formé sur « gendre » avec un suffixe péjoratif. Peu aimable pour la donzelle et on se souvient alors du proverbe cité par rejsl. Mais ce n'est pas tout.

Les étymologies indiquées plus haut sont celles communément admises mais on peut aussi remarquer que les formes germaniques pourraient reposer comme le latin sur un thème en u et que ce seraient grec et arménien qui seraient analogiques d'autres féminins en -os. Une idée qui a conduit Oswald Szemerényi en 1964 à proposer une forme primitive *snusus, issue par syncope d'un *sūnusūs qui serait à lire comme un composé *sūnu-sūs, c'est-à-dire « la truie du fils », probablement un comble de la désobligeance mais peut-être aussi, dans l'idée de certains auteurs, témoignage de ce que ces brus étaient éventuellement issues de razzias (on se souvient alors d'Hélène évoquée plus haut) et que, destinées à la reproduction, elles ne devaient pas avoir un statut très différent de celui des esclaves …

Je ne crois pas trop cependant à ces images bien romanesques de barbarie machiste et la construction de Szemerényi est phonétiquement tirée par les cheveux. Aussi serait-il intéressant de mesurer avec d'autres exemples si c'est ordinairement que les brus aient pu être nommées de façon si péjorative.
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Glossophile
Animateur


Inscrit le: 21 May 2005
Messages: 2268

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 8:29 Répondre en citant ce message   

Citation:
De ce nuere, je n'ai pas trouvé d'attestation littéraire mais le Dictionnaire étymologique et ethnologique des parlers brionnais confirme son existence dans une digression sur le terme local dzendrèsse « bru », autrement dit « gendrasse », formé sur « gendre » avec un suffixe péjoratif.

Ne pourrait-on pas plus simplement voir une dérivation de gendre avec le suffixe -esse, traditionnel pour former des noms féminins ? sur le modèle maitre/maitresse ?
J'ai d'ailleurs rencontré gendresse. Comme je ne sais plus où, cela ne nous avance guère.
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Outis
Animateur


Inscrit le: 07 Feb 2007
Messages: 3496
Lieu: Nissa

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 9:32 Répondre en citant ce message   

Peut-être, mais — et c'est pour ça que j'avais mis le lien — l'auteur Mario Rossi évoque bien le péjoratif, précisant :

Citation:
bru
dzendrèsse, n.f.
Ce qui est intéressant ici, c'est l'application du suffixe féminin èsse à une adaptation locale du mot gendre. Ce suffixe en effet n'est pas une marque du féminin en Brionnais-Charolais. Ce suffixe féminin français a pu être attiré par les féminins la batsèsse, l'abreuvoir, l'oyèsse, la pie, etc. qui sont en réalité des formes locales du suffixe péjoratif asse.
(c'est moi qui souligne)

J'ai simplement fait un pas de plus en considérant que l'utilisation — même par emprunt à un idiome où il est neutre — d'un suffixe localement péjoratif, possédait nécessairement une nuance péjorative.
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embatérienne
Animateur


Inscrit le: 11 Mar 2011
Messages: 3448
Lieu: Paris

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 10:01 Répondre en citant ce message   

D'après un coup d’œil sur Google et Google Livres, gendresse se trouve utilisé dans beaucoup de patois et dans une aire relativement grande, notamment dans les parlers marnais et en champagne. Est-ce que la dérivation féminine en -esse est inconnue de tous ces patois ?
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Chusé Antón



Inscrit le: 25 Feb 2005
Messages: 741

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 10:21 Répondre en citant ce message   

Y a-t-il un possible lien entre dzendrèsse e gendrasse avec le mot euskera etxeandra que nous avons en aragonais comme chandra: femme qui reste dans la maison, en sens péjoratif, parcequ'elle ne fait pas grand chose ?
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Outis
Animateur


Inscrit le: 07 Feb 2007
Messages: 3496
Lieu: Nissa

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 10:47 Répondre en citant ce message   

embatérienne a écrit:
gendresse se trouve utilisé dans beaucoup de patois et dans une aire relativement grande, notamment dans les parlers marnais et en champagne. Est-ce que la dérivation féminine en -esse est inconnue de tous ces patois ?

Une question qu'il faudrait sans doute poser à Mario Rossi lui-même …
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rejsl
Animatrice


Inscrit le: 14 Nov 2007
Messages: 3442
Lieu: Massalia

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 12:53 Répondre en citant ce message   

Citation:
... témoignage de ce que ces brus étaient éventuellement issues de razzias (on se souvient alors d'Hélène évoquée plus haut) et que, destinées à la reproduction, elles ne devaient pas avoir un statut très différent de celui des esclaves …

Je ne crois pas trop cependant à ces images bien romanesques de barbarie machiste

Ma remarque ne sera pas d'ordre étymologique ni correctement documentée (je m'en excuse par avance, manque de temps, je suis en train de boucler mes valises).

Ces razzias pour se procurer des femmes existaient dans de nombreuses tribus et peuplades, c'était une des formes permettant l'exogamie et ainsi, d'éviter l'inceste. Les témoignages existent,certes, dans la littérature de l'Antiquité, mais pas seulement puisqu'il a été possible de l'observer chez certains peuples comme les Aurocaniens, par exemple.

L'histoire de l'enlèvement des Sabines nous en laisse aussi une trace.

Chez les peuples germaniques, le rapt de la fiancée (Brautraub) est une des formes du mariage, décrite d'ailleurs par Tacite. La fiancée n'apportait pas de dot, c'est l'homme, qui en quelque sorte, "achetait" son épouse par un contrat avec le père de la jeune fille, auquel il devait donner quelque chose, en espèce ou nature. Plus la Morgengabe (dont nous avions parlé sur le fil consacré au terme morganatique.) Lorsque le fiancé ne voulait pas payer ou lorsqu'ils ne s'étaient pas mis d'accord, il était courant d'enlever la fiancée ce qui suffisait ensuite à valider le mariage aux yeux des familles. Un exemple connu est celui d'Arminius (Hermann), issu du peuple germanique chérusque, qui va enlever Thusnelda, la fille d'un prince, pourtant de la même ethnie que lui, parce que le père l'avait promise à un autre. En général, chez les Germains, il ne restait plus, après le rapt, qu'à négocier selon le droit coutumier, un nouvel arrangement "financier".

On en trouve une réminiscence lointaine dans une de ces coutumes, aujourd'hui décriées, qui se déroulent le jour des noces et qui semblables à la vente aux enchères de la jarretière portent témoignage de très anciennes coutumes et qui sont encore transmises dans l'inconscient collectif, tant elles ont correspondu aux bases sur lesquelles se sont construites les relations sociales.

Donc, en Allemagne, existe dans certaines régions, le jour des noces, le Brautraub. À un moment de la fête, les copains du marié doivent, sans que celui-ci le remarque, embarquer, capturer la jeune mariée qu'ils emmènent dans un des bars de la ville ou du village. Le marié n'aura plus qu'à faire contre mauvaise fortune bon cœur, faire le tours des bistrots, découvrir où l'épousée est retenue et payer la tournée avant de pouvoir la récupérer. Lointain souvenir de cet enlèvement suivi d'un arrangement financier.

J'ai personnellement observé, il y a sept ou huit ans, cette coutume lors d'un mariage entre une nièce de ma parentèle, une jeune Suissesse qui se mariait à un Munichois, la noce ayant lieu en Bavière. Les jeunes mariés avaient prévenus qu'ils refusaient ce genre de plaisanterie. Mal leur en a pris. Elle fut enlevée, il y eut cris, pleurs, la famille suisse accusant les Bavarois d'être des barbares, des non-civilisés, des sauvages ! Le marié était en pleurs... Tout cela reste une noce mémorable.

Au fait, (pas le temps de vérifier) cette Braut allemande, qui désigne l'épousée uniquement le jour de son mariage, est bien apparentée à notre bru ? Si c'est une erreur, détrompez-moi.
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Outis
Animateur


Inscrit le: 07 Feb 2007
Messages: 3496
Lieu: Nissa

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 16:49 Répondre en citant ce message   

Chusé Antón a écrit:
Y a-t-il un possible lien entre dzendrèsse e gendrasse avec le mot euskera etxeandra que nous avons en aragonais comme chandra: femme qui reste dans la maison, en sens péjoratif, parcequ´elle ne fait pas grand chose ?

J'ai les plus grands doutes. J'ignore presque tout de la langue basque mais j'ai quand même reconnu un etxe « maison » et une petite enquête dans les dictionnaires m'a fourni un andere (var. andre) « dame, femme », assez pour comprendre cet etxeandra comme un composé tout-à-fait autochtone. Ensuite, l'évolution phonétique d'un tel emprunt vers un aragonais chandra n'aurait rien de choquant, à un détail près que tu éclairciras peut-être :

Le dictionnaire aragonais-espagnol en ligne via Lexilogos propose :

CHANDRO adj. ‘perezoso, vago’ [= paresseux, fainéant]

L'existence d'un masculin étonne …

En tout cas, un rapport avec tout gendre ou gendrasse me paraît exclu par l'initiale.
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Outis
Animateur


Inscrit le: 07 Feb 2007
Messages: 3496
Lieu: Nissa

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 16:54 Répondre en citant ce message   

rejsl a écrit:
Au fait, ( pas le temps de vérifier) cette Braut allemande, qui désigne l'épousée uniquement le jour de son mariage, est bien apparentée à notre bru? Si c'est une erreur, détrompez-moi.

Ce n'est pas une erreur, juste un souvenir récent.
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rejsl
Animatrice


Inscrit le: 14 Nov 2007
Messages: 3442
Lieu: Massalia

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 17:15 Répondre en citant ce message   

Certes, quoique chez moi, et ici aussi, la mémoire ancienne, las, fonctionne mieux que l'immédiate. Mais, je prends note, vous l'aviez écrit récemment.
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Glossophile
Animateur


Inscrit le: 21 May 2005
Messages: 2268

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 17:25 Répondre en citant ce message   

Citation:
cette Braut allemande, qui désigne l'épousée uniquement le jour de son mariage,

me semble, à moi, proche parente de la bride anglaise.
Mais je suis sans doute en train de commettre le crime d'étymologie populaire.
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felyrops



Inscrit le: 04 May 2007
Messages: 1144
Lieu: Sint-Niklaas (Belgique)

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 18:18 Répondre en citant ce message   

Pas du tout : mariée = Braut (Ge) - bruid (Nl) - Bride (Ang.)
Et l'homme qui se marie = Bräutigam (Ge) - bruidegom (Nl) - bridegroom (Ang).
Pour la forme masculine, -gam, -gom et -groom viendrait, suivant Duden, du latin "homo".
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Outis
Animateur


Inscrit le: 07 Feb 2007
Messages: 3496
Lieu: Nissa

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 18:25 Répondre en citant ce message   

@ Glossophile : Nullement. On reconstitue un germanique commun *brūdiz (Oxford), *bruthiz (Etymonline) ou *brūðī (Torp) à partir des témoins des diverses branches :

— anglo-saxon brūd > vieil-anglais brȳd > angl. bride ;

— vha brūt > all. Braut ;

— norois brúðr ; norv. brud ;

— vieux frison breid ; néerl. bruid ;

— gotique bruþs > fr. bru !!! C'est vers le IIIe siècle, avec l'arrivée des Goths au Sud du Danube (Norique, Mésie) que le mot est entré dans le bas latin des Balkans sous la forme brutis. Le mot subsiste aussi dans des dialectes italiens et romanche : frioulan brut, engad. brüt.

Tous ces mots désignant en général la jeune mariée, quelquefois uniquement le jour des noces.
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rejsl
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Inscrit le: 14 Nov 2007
Messages: 3442
Lieu: Massalia

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 18:56 Répondre en citant ce message   

Ce qui est plus étonnant est cette remarque d'Etymonline, suite aux explications concernant la parenté entre tous ces mots. Je cite:

Citation:
On the same notion, some trace the word itself to the PIE verbal root *bru- "to cook, brew, make broth," as this was the daughter-in-law's job.

Si c'était vérifié, ce serait de l'eau au moulin, quant au sens dépréciatif, uniquement utilitaire lié intrinsèquement à ce mot.

Cependant, il me semble que la fonction principale attribuée à la venue d'une femme dans la maison du mari était d'abord celle de la reproduction?
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ElieDeLeuze



Inscrit le: 14 Jun 2006
Messages: 1582
Lieu: Allemagne

Messageécrit le Saturday 09 Jul 11, 19:56 Répondre en citant ce message   

felyrops a écrit:
Pour la forme masculine, -gam, -gom et -groom viendrait, suivant Duden, du latin "homo".

Je crois qu'il faut comprendre que -gom est la forme germanique issue de la même racine que celle qui a donné homo, ce n'est pas un emprunt direct. C'est juste une question de formulation.
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