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Expressions issues du jargon ferroviaire - Expressions, locutions, proverbes & citations - Forum Babel
Expressions issues du jargon ferroviaire
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Andrew



Inscrit le: 14 Aug 2012
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Lieu: Isère rhodanienne

Messageécrit le Tuesday 01 Oct 13, 11:19 Répondre en citant ce message   

Tâteur de boîtes.
Détecteur de boîtes chaudes.


Parmi les curiosités du jargon ferroviaire, en voici deux qui mériteraient bien leur place dans la chanson de la délicieuse Juliette Nouredine "les petits métiers..."

"Tâteur de boîtes."
Je n'ai pas trouvé d'item évoquant cette action sur Internet.
C'est pourtant une précaution indispensable à la sécurité des circulations : Comme chacun le sait, les essieux sont "monoblocs" et composés d'un fût usiné à ses extrémités.
Les deux roues sont embattées à chaud de chaque côté, sur les "soies" usinées par tournage en deux diamètres dégressifs.
Le premier, plus grand, côté fut, reçoit l'alésage de la roue. Dépassant les moyeux, les "soies de roulement" (aussi dénommées fusées) recevront les cages des "roulements à tonneaux" contenus dans les "boîtes à graisse."

Fermées par un "couvercle de boîte" elles peuvent présenter un suintement suspect laissant présager une surchauffe par défaut de graissage.
Cette détection d'anomalie est du ressort des "chevaliers du tasteboîte" que sont les "agents Matériel" alias les "visiteurs de gare."
C'est eux que l'on voyait jadis, au temps où les roues étaient "bandagées" munis d'un long marteau et frappant les jantes pour déceler une éventuelle fissure. Le son clair rendu par le métal indiquait une roue saine ; un son mat une fissure du "voile" de la roue.
Par la même occasion, on pouvait détecter visuellement un éventuel épanchement de lubrifiant.

Il fallait alors - il le faut toujours - "tâter la boîte" c'est-à-dire approcher le dos de la main vers le couvercle pour déceler un échauffement.
Parfois, cela s'est produit, on voyait de nuit une boîte portée au rouge. Cela déclenchait une alerte immédiate... Quelquefois trop tard. La fusée avait fondu ; l'essieu était désemparé ; s'ensuivait le déraillement. Inévitable.

Pour palier ce problème (justifier des compressions d'effectifs) éviter autant que faire se peut les catastrophes, deux axes de recherches et de mises au point furent entrepris.
Premièrement, supprimer les bandages, ce qui imposa des études très poussées sur le profil des "voiles de roues" (on dit aussi "la toile de la roue") en courbes et contrecourbes, les rendant ainsi aptes aux dilatations, aux déformations dues aux échauffements du métal. On en arrive à la roue "monobloc."

Secondement, mettre en place au bord des voies, notamment à l'approche des nœuds ferroviaires des grandes villes des "détecteurs de boîtes chaudes."
Non, ce ne sont pas des officiers de la Brigade Mondaine, mais des détecteurs d'infrarouges placés de chaque côté, capables de mesurer au passage (au défilement) la température des boîtes à roulements.
Une alerte est immédiatement lancée. Le délai de prévention s'en trouve considérablement raccourci.

Exemple : "Meccano du 54 917. Tu as un boîte chaude sur le 51ème essieu à droite. Réduire vitesse en marche prudente. Je te gare à l'évitement de S..."
Ou alors, c'est l'arrêt en pleine voie.
Le meccano va devoir descendre sur le ballast et aller à la vérification en tâtant les boîtes... Comme décrit précédemment.
Bien entendu, comme rien n'est trop simple, la roue incriminée se trouvant côté entrevoie il faudra stopper les circulations sur la voie contiguë pour assurer la sécurité du conducteur, devenu en la circonstance "chevalier du tasteboîte."

Ensuite ? Ma foi, selon l'examen scrupuleux qu'il pourra effectuer, le rougeoiement, la déformation, la position de guingois de la roue (oufff ! In-extremis) on pourra estimer possible ou non d'aller "dégarer" le véhicule sur un évitement, au prix de manœuvres de corps d'armée.
Dans tous les cas, il sera fait appel aux "équipes volantes" des visiteurs Matériel pour entreprendre -réussir- le remplacement de l'essieu malade sur place. In-Situ.

Ne rions pas trop fort.
Il est arrivé qu'un jeune visiteur détectât et signalât un suintement suspect...
Le grand cerf alors chef de cette gare de triage éludât le problème : "Tu fais ch... vais pas tout déboutiquer pour une bête fuite de graisse. Et après tout on va pas loin. Ambérieu c'est à moins de 100 Km." (SIC !)
Manière de planquer les balayures sous la carpette, se décharger du guignon sur le dos du voisin...
Total, en route vers la ligne de la Bresse la fusée a coulé (oui, oui, le métal en fusion, ça coule) et le wagon s'est retrouvé en bas du talus, les quatre fers en l'air. Pas beau à voir.

Sans doute le "dix cors" s'en est vu pousser douze et, comme il se dit en cynégétique, sa femme put constater que lui étaient venus des "surandouillers..."
Michel Audiard disait qu'ils osent tout. J'en pense qu'il vaut mieux oublier leur nom et qu'ils nous font pleurer... de rire !

Allez, juste pour le fun : http://www.youtube.com/watch?v=69okZJ1fne8
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José
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Messageécrit le Tuesday 15 Oct 13, 12:24 Répondre en citant ce message   

- Les joueurs de la banlieue sénonaise avaient éliminé (0-2) les Cheminots en coupe de France le mois dernier.

[ L'Yonne Républicaine - 06.10.2013 ]

(= Paron avait éliminé Migennes)


L'ASUC (Amicale Sportive et Union Cheminote de Laroche-Migennes-Cheny ) est née de la fusion de l'amicale sportive (Société mixte de préparation militaire, de tir et de sport crée en 1912 ) et de l'Union sportive des cheminots de Laroche-Migennes.
Laroche-Migennes est une gare de bifurcation vers Auxerre et au-delà sur la ligne Paris-Lyon.


Migennes (Yonne) est surnommée la cité cheminote.
Lire le Fil L'autre nom des villes.


Dans les pays d'Europe de l'Est, les championnats de foot comptaient une équipe "cheminote" :
- Lokomotive Kosice (Tchécoslovaquie)
- Lokomotive Leipzig (RDA)
- Lokomotiv Plovdiv (Bulgarie)
- Lokomotiv Moscou (URSS)
le club réunissait dans les années 1920 les meilleurs footballeurs des rues avoisinant le quartier des gares à Moscou
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José
Animateur


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Messageécrit le Friday 18 Oct 13, 14:17 Répondre en citant ce message   

Lire le Fil Expressions avec moyens de transport (sauf train).
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Jacques



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Messageécrit le Monday 28 Oct 13, 20:09 Répondre en citant ce message   

angl. one-track mind : esprit borné, lit. "esprit à une [seule] voie"

"One-track mind on U.S. security"
"Esprit borné quant à la sécurité des E.U." (au sujet de la politique d'armement face à l'URSS, de Ronald Reagan)
NY Times 21-9-81
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Andrew



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Lieu: Isère rhodanienne

Messageécrit le Monday 11 Nov 13, 10:26 Répondre en citant ce message   

Ce que nous aimons dans les écrits, les romans, les ouvrages historiques, ce sont les bibliographies, les notes hors-texte, les explications complémentaires illuminant les pas de l'auteur.
"The Last Runaway" est le dernier ouvrage de Tracy Chevalier.
Elle y évoque les années 1840, peu avant la guerre de sécession qui opposa les états du sud, esclavagistes, à ceux qui, suivant le sort des armes, constituent de nos jours les USA...

Voici la note hors-texte en question :
Citation:
"The name.
The moral and physical core that runs through The Last Runaway is a nineteenth-century movement called the Underground Railroad - a network of people across the United States who helped black slaves escape from captivity in the South to freedom in the North. While Americans learn about this iconic part of US history at school, it is perhaps less known in the rest of the world.
As is often the case with phrases, the origins of the term 'Underground Railroad' are murky.
The most popular story is that of a Kentucky slaveholder who reputedly said in 1831 when one of his slaves crossed off the Ohio River and vanished :
'He must have gone on an underground road.'
Whatever its origins, by the 1840s the term had become 'Underground Railroad'.
Indeed, people helping runaways began using railroad terminology, calling themselves conductors and stationmasters, their houses depots or station, their charges passengers."
Ce qui se retrouve dans un autre roman historique de Ken Follet, se rapportant à une période plus récente :
Un aviateur anglais tombé dans le ciel de France fut exfiltré via l'Espagne et Gibraltar vers l'Angleterre.
Débriefé par un officier des Services Secrets Britanniques, il lui fut demandé d'exposer par le détail quelles filières il avait suivi.

"Comprenez, lui dit cet officier, nous voulons organiser "an underground railroad between Germany and Spain..."
... Ce qui, quelques temps plus tard - et grâce notamment à l'activité de Mme De Jongh, grande Résistante belge, donna naissance au réseau "Comète" dédié principalement aux aviateurs de la Liberté...

Bonne journée.

PS : je jacte pas un mot de grand-breton, mais comme disait l'autre "j'ai la même à la maison."
Merci Nanie !
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José
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Messageécrit le Saturday 16 Nov 13, 12:29 Répondre en citant ce message   

Royaume-Uni hostler
- valet d'écurie
- palefrenier
- personne chargée des locomotives dans les roundhouses (= hangars circulaires / rotondes où on change de locomotives)

etymonline a écrit:

hostler (n.)

late 14c., "one who tends to horses at an inn," also, occasionally, "innkeeper," from Anglo-French hostiler, Old French hostelier "innkeeper, steward" (12c., Modern French hôtelier), from Medieval Latin hostilarius "the monk who entertains guests at a monastery," from hospitale "inn" (see hospital).

= personne chargée des chevaux dans une auberge (fin XIVème S.)

Lire les Fils suivants :
- MDJ hôte
- Vocabulaire du cheval
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José
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Messageécrit le Thursday 21 Nov 13, 14:21 Répondre en citant ce message   

Rejsl a écrit:

Allemand Ich versteh' nur ( immer) Bahnhof

Littéralement: je ne comprends que " gare"

= Je n'y comprends rien.

Origine pas vraiment éclaircie. Expression fort courante autour des années 1920 à Berlin. Pour les uns, l'explication serait qu'à cause du bruit, de l'excitation du départ, les gens auraient été perdus et auraient eu du mal à se repérer dans les gares, à comprendre.

Autre hypothèse: l'expression viendrait de la fin de la première guerre mondiale, moment où les soldats allemands découragés, exaspérés par cette guerre meurtrière, ne pensaient qu'à une chose: rentrer chez eux. La gare en aurait été le symbole et ils n'auraient voulu comprendre ( entendre) que ce seul mot.

Dans le dernier numéro de Karambolage (le dimanche sur Arte à 20.00), il y avait un sujet sur cette expression.
C'est la thèse du retour des soldats à la fin de la 1ère GM qui y était présentée.

Citation:
Cette expression est assez fréquente dans le langage courant (registre familier).

On pourrait penser que cette expression fait référence à la mauvaise qualité des installations sonores sur les quais de gare. Lors des annonces on ne comprend / comprenait pas toujours bien et le seul mot qu'on comprenait dans le crachouillis des hauts-parleurs était souvent "Bahnhof".

Il faut aller chercher l'explication à la fin de la 1ère Guerre Mondiale. Les soldats survivants n'avaient qu'un seul rêve : rentrer à la maison. En train, donc. On rapporte que quand on interpellait ces soldats pour leur parler d'une chose qui n'était pas en rapport avec ce retour tant espéré, ils auraient tous répondu : ich verstehe nur Bahnhof. Comprendre : rien d'autre que la gare ne m'intéresse.

Depuis lors, cette expression s'est ancrée dans le langage courant.
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José
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Messageécrit le Thursday 21 Nov 13, 14:22 Répondre en citant ce message   

http://www.arte.tv/guide/fr/049882-011/karambolage?autoplay=1
mettre le compteur à 7.00
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Andrew



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Messageécrit le Friday 22 Nov 13, 13:03 Répondre en citant ce message   

José a écrit:

Il faut aller chercher l'explication à la fin de la 1ère Guerre Mondiale. Les soldats survivants n'avaient qu'un seul rêve : rentrer à la maison. En train, donc. On rapporte que quand on interpellait ces soldats pour leur parler d'une chose qui n'était pas en rapport avec ce retour tant espéré, ils auraient tous répondu : ich verstehe nur Bahnhof. Comprendre : rien d'autre que la gare ne m'intéresse.
Depuis lors, cette expression s'est ancrée dans le langage courant.


Et oui !
C'est si vrai, José, que l'une des principales précautions prises en 1944 par les services secrets britanniques, le BCRA (FFL) et les américains fut de masquer jusqu'au "jour J" la quintessence même du célèbre message "Les sanglots longs des violons de l'automne" deux fois... puis, au soir du 5 juin 1944, la suite "Bercent mon cœur d'une langueur monotone."
Répété deux fois sur Radio-Londres. Ce message n'indiquait nullement l'imminence du débarquement.

C'était en réalité l'ordre donné aux "Groupes Action" des Résistances françaises, belges, néerlandaises, italiennes... de saboter, détruire, retarder par tous moyens la mobilité des troupes occupantes.
Les collègues de "Résistance Fer" s'y illustrèrent.
Le code secret était "le plan vert."

La SNCF détient en archives les levés qui furent faits suite à la destruction d'ouvrages d'art, à proximité des nœuds ferroviaires, sur les grandes transversales.
Exemple régional : Le pont de Tournon, l'attaque du train de carburant à Reventin-Vaugris, la destruction du pont de Merrey (Haute-Marne) le sacrifice des cheminots de Portes-lès Valence.
Ce ne sont pas les seuls...

Là, il faut évoquer "le dernier train."
C'est un passage terrible pour un cheminot féru de son métier.
Mon dernier train fut dédié au RS (les Spahis de Valence) lors d'un départ à l'exercice.

Pas difficile de voir la différence entre un départ vers un camp d'exercice et un "vrai" départ en OPEX. (Opérations Extérieures.) Suffit de voir la trombine des gars qui embarquent les engins de combat et s'installent dans les voitures, constituant un "TUC" (Train d'Unité Constituée.)

"Dernier train..."
J'espère pouvoir vous en reparler un peu plus tard.

La parole est à vous.

@ + et merci encore pour vos témoignages de sympathie.
JA S.

Biblio : "Radio Londres" d'Aurélie Luneau, Préfacé par Jean-Louis Crémieux-Brilhac, cet excellent petit bouquin est disponible aux éditions Perrin. www.editions-perrin.fr
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José
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Messageécrit le Friday 22 Nov 13, 13:16 Répondre en citant ce message   

Andrew a écrit:
"Dernier train..."
J'espère pouvoir vous en reparler un peu plus tard.

Nous attendons que tu reviennes nous en parler par le prochain train !
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Andrew



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Messageécrit le Tuesday 03 Dec 13, 13:34 Répondre en citant ce message   

"Train fantôme."

Si vous tentez l'expérience du "micro-trottoir" et demandez à des passants ce que leur inspire cette expression, vous en ressortirez édifiés, instruits, établis dans certaines certitudes, surpris s'il se peut.

Le plus souvent cette expression évoque un manège de foire (la vogue, la ducasse sous d'autres latitudes) une attraction de fête foraine.
Un jeu qui fait peur, propre à ressusciter les terreurs enfantines.
"Maman ! Il y a un horrible monstre caché sous mon lit."

La maman se précipitait, cajolait le petit dans ses bras, l'éveillait et l'invitait à constater avec elle qu'il n'y avait rien sous le sommier.
La promesse "nous irons à Disneyland suivre le train fantôme" devenait un fastueux mensonge.
Menteur et à la fois plein de promesses.

Les trains fantômes existent, ont existé et existeront encor - je l'espère ! - tant que sera une connivence entre nos demandeurs et nous, cheminots, capables de faire circuler des "bricoles" que la popule voix s'applique à qualifier d'inqualifiables.

Le lieu commun de ces perceptions se trouve justement dans le fait "qu'on ne comprend pas."

Comment en effet acheminer lors d'opérations militaires extérieures des milliers de tonnes de munitions, d'explosifs, d'armes de guerre , d'engins de combat, de vecteurs, des troupes aguerries partant vers un destin sans que personne ne soit interpellé ni par le côté judicieux, ni par les aspects militaires ou politiques, ni par les dangers que cela peut présenter aux riverains...

Vu de la place du Chef de Poste de Commandement, des Agents Régulateurs et des Agents Circulation, sur le terrain, j'avoue que ça flanquait un peu la pétoche.
Précision et circonspection. Anticipation. Nous savons le faire. Avec exactitude, précision et compétence.

Un train fantôme, c’est un peu comme "faire un fac'" expliqué un peu plus haut.
Imprévisible ou concocté. Scrupuleusement calculé et mis en place, ne restant plus qu'à obtenir l'assentiment de la gent conductrice, le petit univers des meccanos, chacun selon sa conscience...

Personne n'étant infaillible, il se produisit des trains fantômes lors de dérives spectaculaires.
La chanson de Félix Leclerc "le train du Nord" suffirait à nous éclairer.

Dérive. Un mot à ne pas prononcer. Une honte professionnelle. Un constat d'échec par négligence.
Ah ! Partir à la dérive cela exprimait à l'oreille des poètes moultes pérégrinations.
Des situations à la fois immédiates, urgentes, excluant toute intervention extérieure, face à une sorte de bille qui roulerait, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Le départ en dérive de ces rames de wagons sans frein.
Mais nous sommes ici dans le pur langage de ceux qui.... ont pu le vivre et l'endurer.

Voir ici l'épopée des déportés du camp du Vernet, à bord du "train fantôme."
http://www.lesdeportesdutrainfantome.org/

De quoi nous donner d'autres acceptions de "train fantôme."

Allez, Monsieur Felix, à vous : http://www.youtube.com/watch?v=khyQbA6dA8g
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José
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Messageécrit le Wednesday 11 Dec 13, 11:41 Répondre en citant ce message   

chef de gare
- (rugby) arbitre sifflant sans arrêt et ne laissant pas appliquer la règle de l'avantage [ Wikipédia ]

Je n'ai jamais entendu parler de chef de gare dans un commentaire de match de rugby.
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Andrew



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Messageécrit le Wednesday 11 Dec 13, 13:16 Répondre en citant ce message   

"Le dernier train."

Comme son nom l'indique, c'est le dernier qui circule à la fin d'une période de travail...
Le lendemain, selon les occurrences, le programme de la journée à venir reprendra son cours.

Souvenir : Cela se passa à la tête Ouest du tunnel des Sauvages, de Tarare vers Roanne.
" Allez, Jeannette, il faut monter sur la machine. C'est le dernier. Les charges sont là. Tu as tes allumettes ? Bien. Derrière nous il n'y a plus rien qui passe. Au moins pour quelques jours."

La Jeannette en question, surnommée "la mèche" à cause de sa tignasse rouquine et aussi, comme toute bonne pétroleuse, sa jouissance à mettre le feu aux poudres alluma le cordon.
Et derrière, ça a sauté.
Ce fut le dernier qui, en ce beau jour de juin circula vers le Nord-Ouest. Sur cette ligne.
Comprenez ?

"Le dernier train." Fichtre ! Pour ne pas dire autre chose... Cela représente pour beaucoup, dans diverses circonstances, un point d'aboutissement. Une ponctuation horaire et géographique qui met fin à des projets. A un présent. Une vie.

Pour un travailleur du rail "le dernier train" est vécu de fort diverses façons.

Ainsi fus-je le témoin d'un départ à la retraite (suivi d'une remise de canne...) d'un Chef de bord, Contrôleur Moniteur, qui nous annonçait sur le parcours de Limoges à Bordeaux les gares les plus invraisemblables.
"Mesdames, Messieurs, nous arrivons bientôt en gare de Strasbourg. A Colmar nous marquerons un arrêt limité à quelques minutes. Veuillez vérifier que vous n'avez rien oublié à votre place. Le service des objets trouvés d'Arras se tiendra à votre disposition."
Ainsi, de Prévenchères à Luc en Diois, de Quimper à Facture, de la gare du Nord à Miramas, nous nous trouvâmes baladés sur une carte de géographie fort instructive, immense.

Il y a quelques temps, sur l'antenne de France-Inter, j'ai entendu de la bouche d'un certain Pivot la relation d'une rencontre entre le noble (ou supposé) et le garde-chasse. Vincenot face à d'Ormesson.

Les meccanos avaient à l'époque adopté la tradition de l'accueil en gare.
Apparaissant au loin, portant fièrement sur le plastron une banderole frappée des mots "Mon dernier train" le cortège arrivait, majestueux.
Ca venait de loin, au détour de la dernière courbe. L'ultime.
En gare, les copains avaient disposé des pétards à griffe, ceux qui imposent l'arrêt absolu. Des feux de Bengale aussi, des torches à flamme rouge, des drapeaux simplement rouges voire tricolores.
Le conducteur appliqué à ses manœuvres franchissait les deniers obstacles et stoppait le convoi pile-poil au bon endroit. Puis venaient les "hourra" les congratulations... La photo traditionnelle devant la locomotive, en présence de son épouse, ses enfants, ses collègues. Tous ceux qui partagent le même sort.

S'ensuivaient les gestes de métier.
Couper traction. Graduateur à zéro. Baisser pantographes. Couper alim' électrique. Déclencher les QT. Confirmer le rhéostatique et le frein direct. Serrer le volant de freinage sur place. Prendre la RST et confirmer à la régul' que le 611 est à destination.

Jusqu'au jour où... Lors d'un sommet du G8 organisé à Lyon, un chef d'Etat faisant son jogging matinal fut couvert par ses "body-guépards" et protégé sous ses parapluies en Kevlar car une énorme pétarade retentissait aux abords de la gare de Perrache...
Une fusillade. Que dis-je ? Une canonnade.
Le jour d'après une lettre circulaire informait et enjoignait qu'il était désormais interdit de célébrer de la sorte de si futiles évènements.

Sic transit.

"Futile ? Vous avez dit futile, cher cousin ?"

Et vous ? Le dernier train, c'était comment ?
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Andrew



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Messageécrit le Thursday 12 Dec 13, 12:32 Répondre en citant ce message   

"Dernier train."
Une petite suite...

Comme je le disais précédemment, le "dernier" est ressenti, vécu, de façons très différentes.

Ainsi, le "dernier" d'un certain "Papatte" syndicaliste virulent, agressif. Une sorte de bouledogue dont on craignait toujours qu'il vous morde la main.
Toujours en tête de manif'. Porte-étendard des revendications les plus comminatoires.
On eut pu penser que son "départ" fut célébré comme il se doit ; avec la chaleureuse affection des camarades, les grandes claques dans le dos, les témoignages d'admiration...
Pas du tout.

- "Ah ! Sacré vieux chien. Tu nous en fait baver. On n'entend plus parler de toi ? Tu roules toujours ?
- Non. Suis parti.
- Savais pas. T'as rien fait de spécial pour ton départ ?
- Oh non. C'était d'un triste... Suis rentré à 03:45. Posé la rame à l'entretien de la Guille. Rentré la bécane sous la rotonde, remis mon dernier bulletin de service à la feuille. Bu un petit noir avec quelques collègues. Et c'est tout.
- C'était quoi, ta dernière loc' ?
- Une 26000. Tu penses ! Une Sybic. Ca m'aurait fait ch... de finir sur une boîte à sel, une 25500, une essoreuse... Non, non. Ca va. Elle marchait bien."


Je me suis tu. "Papatte" avait remis ses lunettes. Celles particulières au fourniment des meccanos : Forme proche des authentiques "Ray-Bahn" (lapsus volontaire) aux reflets de mercure. De vif-argent. Cela protège bien les iris et les rétines au sortir des tunnels, lorsque tu roules vers l'Est les matins de soleil-levant... Passant de l'ombre vers la lumière.
Je voyais dans ce double miroir les millions de PK qu'il avait pu parcourir. Les nuits interminables à compter les traverses.

Et "mon dernier" alors ?
Ce fut inattendu. Une sacrée drôle d'histoire...

A suivre...
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Andrew



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Messageécrit le Monday 23 Dec 13, 18:14 Répondre en citant ce message   

"Le dernier train."

De quelle façon est-ce donc vécu par les uns et unes ou par les autres..?
Ce que recouvre cette expression.
Durant les petits "micro-trottoirs" que j'ai pu entreprendre, l'évocation du dernier voyage, le corbillard, l'échelle de Jacob, la porte ouverte vers une hypothétique éternité n'ont pas manqué de se révéler.

Aéromodéliste, passionné et féru de machines volantes "anciennes" également pilote d'avion et de vol à voile, j'entrepris une recherche sur un petit aéroplane nommé "Oflag IVD."
Mes démarches me conduisirent au local de "l'Amicale des Anciens Déportés et Prisonniers de Guerre"."
Timide, n'ayant aucun atome avec ceux là, j'ai posé ma question : "Monsieur, auriez-vous quelques information sur des activités modélistes au Stalag XIII ou à l'Oflag IV ?"
Et c'est pourtant une réalité... J'ai un paquet d'archives journalistiques qui le rapportent.

La réponse : "Jeune homme, il n'y a pas eu LA captivité mais DES captivités. Et nous avons vécu chacun la nôtre."

Pan sur le bec du journaliste en herbe folle...

"Le dernier train" c'est un peu la même chose.

C'était un soir de novembre. On avait bien bossé, mis en place les engins de combat (redoutables !) tout était au carré et nous nous apprêtions à déplacer la rame de wagons pour la raccorder sur celle des légionnaires montés d'Orange.
Deux voitures à voyageurs pour une unité, deux voitures pour l'autre. Chaque rame de voitures étant occupée à moitié.
On aurait pu en prévoir trois seulement. Ca aurait coûté moins cher...
Très à l'aise, les mecs !

L'officier au képi blanc était bougon, rugueux, rétif, mécontent. "Ah non ! Nous n'allons pas nous risquer avec ceux là. C'est des fous. Comprenez ?"
A l'adresse du Lieutenant des Spahis dont j'avais dirigé le chargement de véhicules et à celui accompagnant les légionnaires : " Mes Lieutenants, il vous reste à tous deux une heure avant le départ sur le sillon horaire que nous vous avons tracé. On va vous raccorder au poste II. Voyez là-bas ? Le poste d'aiguillage sous son grand chapeau de berger. Juste à côté il y a le mur des fusillés. L'occasion pour vous deux et pour vos hommes de rendre un hommage. "

- "Le mur de quoi ?"
- "Le mur des fusillés. ici, le 8 juillet 1944, trente captifs, résistants, furent assassinés par les allemands. Suivirent d'autres, lors du passage du train fantôme.
- "Le train Quoi ?"
- "Le train fantôme, ainsi surnommé par les historiens, ceux qui ont vécu de l'extérieur aussi bien que ceux qui en furent les victimes.
Dachau, Buchenwald. Ne venez pas me raconter que c'étaient des colonies de vacances."

-"...?"


- "Ici, des camarades cheminots dont nous savons les noms mais ne verrons plus jamais le visage ont dit non.
Il n'est pas question d'avitailler une locomotive pour la suite de ce voyage."

Lorsque pour des raisons domaniales et économiques la rotonde du dépôt de Portes-lès-Valence fut détruite, on a gardé ce pan de mur où est présent ce petit mémorial.

- "Comprenez mon Lieutenant. Être cheminot, ça veut dire ça. Aussi."

Notre équipe de manœuvre a raccordé les rames de wagons porte-chars et de voitures...

La suite ? Je ne sais pas...
Des militaires avaient claqué des talons devant un "pékin" et puis ?

"DM" était là. Lui aussi. Il voulait rentrer à la maison. Retrouver sa charmante petite famille.
"DM" est mon successeur. Je me suis efforcé de lui passer tout ce que j’ai pu.

Nous sommes à l'âge des passeurs. Non ?

Longtemps j'ai regardé les rouges s’effaçant dans la nuit. Disparaître l'un après l'autre dans la dernière courbe, à gauche.
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