Les grandes familles de mots




« Un méchant accident de parachute  »

La famille CADENCE


Patriarche indoeuropéen : *KAD-, « chute, tomber »


Les branches

1. Le principal ancêtre de cette famille est le verbe latin cadere, « tomber, être abattu, succomber ». Ses descendants français se reconnaissent à leur radical -cad- : cadence, décadence, cadavre, caduc, ...
mais attention ! il y a des faux frères. Et pas seulement dans cette branche, comme on le verra plus loin.


2. Un autre ancêtre important de la famille est le nom latin casus, « chute, circonstance, hasard » (d’où le nom composé fr. d’origine latine casus belli, « motif de guerre »). Ses descendants français se reconnaissent à leur radical -cas- : cas, occasion, cascade, casquer, ...


3. Dans les mots issus des verbes latins dérivés de cadere, comme accidere et incidere, « tomber sur, arriver », le radical -cad- se transforme en -cid-, en français comme en latin : accident, incident, coïncidence, occident, récidive, ...


4. Les vieux mots français issus des mots latins cadere, accidere, casus, etc. se sont beaucoup transformés au fil des siècles, tel le verbe choir, participe passé chu, remplacé par tomber[1] depuis le XVe s., mais dont la plupart des dérivés sont encore bien vivants ; ils apparaissent sous des formes en -chéan- ou -chan- et -chu- :
échéance, échéancier, déchéance
chance, malchance, méchant
chute, rechute, parachute, échu, déchu


L’invité masqué

Pour se distinguer de déchu, il a remplacé le -u par -et : déchet. Il a un dérivé de création récente, contemporain de la lutte contre la pollution et pour le recyclage des déchets : déchetterie.

Curiosités

méchant est le participe présent adjectivé (v. 1165, mescheant) de l’ancien verbe mescheoir, “arriver malheur”. En ancien français, méchant signifie donc littéralement “qui tombe mal”, d’où “qui n’a pas de chance ; misérable”. Dans ce sens méchant est très proche du sens premier de malheureux, littéralement “celui qui n’a pas l’heur”.
Ce dernier mot est en effet issu du latin classique augurium, « présage (favorable ou non) », d’où « chance (bonne ou mauvaise) ». À la suite d’un glissement de sens dû au recul des croyances païennes, le mot en est venu à signifier « sort, condition, destinée ». Il ne subsiste plus aujourd’hui qu’en composition dans bonheur et malheur, et dans la locution verbale un peu précieuse (ne pas) avoir l’heur de plaire à qqn.

Homonymes et faux frères

1. Il y casque et casquer !

casquer est de la famille ; il est emprunté à l’italien du nord et du centre cascare, “tomber” (XIVe s.) (cf. cascade), plus récemment cascarci, “tomber dans le panneau” (XVIIIe s.). Celui-ci est issu du bas latin *cassicare, fait sur le radical de casus, participe passé du verbe cadere. Le mot, d’abord argotique puis familier, signifie “payer à contre cœur ou pour les autres”.

casque n’est pas de la famille ; il vient de l’espagnol casco, “tesson”, puis “crâne, casque”, dérivé de cascar, “briser”, du latin vulgaire *quassicare, du latin classique quassare, dérivé de quatere, “secouer”, étymon de la famille du français casser. Dérivés : casquette, casse, concasser, fracas, secouer, rescousse, discuter, percuter, répercuter, etc.


2. Il y chute et chut !

chut !, comme chuinter et chuchoter, fait partie d’un ensemble de mots ayant pour base une onomatopée CHU suggérant un murmure, un sifflement assourdi.


3. Ni case ni casse ne sont de la famille.

– Pour casse, voir casque ci-dessus.
– Quant à case, il est issu du latin populaire casa, d’origine inconnue. Dérivés : caser, casanier, casier, casino.


4. Ni -cide ni Le Cid ne sont de la famille.

– Le suffixe -cide est, comme occire, issu du verbe latin caedere, « tuer ». Dérivés : ciseau, décider, homicide, concision, indécis, incision, précis, césure, ciment, etc.[2]
– Quant au surnom du célèbre Rodrigo Diaz de Bivar, il le devait à ses contemporains arabophones, tantôt pour qui et tantôt contre qui il lutta : السيد as-sīd, le Seigneur, le Maître.


5. cadenas, d’origine provençale, est, comme son doublet chaîne, issu du latin catenae, « chaînes ». Dérivés : chaînette, enchaîner, cadenasser, concaténation.


6. Pour cadeau et cadet, voir la famille CAPITAL, et pour les mots en -cadr-, voir la famille QUATRE.

Dans d’autres langues indoeuropéennes

esp. acaso, accidente, cadáver, cadencia, caer, cascada, caso, coincidir, incidencia, ocasión, occidente, recidivo

port. acidente, cadáver, cadência, cair, cascata, caso, incidir, ocasiõ

it. accadere, accidente, cadenza, cadere, caduco, caduta, caso, gelicidio, occaso, scadere

angl. accident, cadaver, cadence, case, casual, chance, decay, incident, occasion

all. Chance, dekadent, Kadaver, Kadenz, Kaskade, Okkasion, Okzident

rus. оказия, декадент, шанс

Notes :

1- D’origine probablement onomatopéique.

2- Ces mots sont issus de la racine *KAƏ-ID-, « couper, trancher ». Certains étymologistes sont très tentés de les rattacher à la famille CADENCE car la racine *KAƏ-ID- n’est pas sans présenter des affinités aussi bien formelles que sémantiques avec la racine *KAD-.








Les grandes familles de mots

par Jean-Claude Rolland

Commander le livre

contact
Les grandes familles de mots
Commander le livre