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Eurindien 4 : vers le grec ancien - Cours & Documents - Forum Babel
Eurindien 4 : vers le grec ancien
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Outis
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Messageécrit le Monday 19 Nov 07, 18:46 Répondre en citant ce message   

De l'eurindien au grec ancien

Essentiellement, le grec ancien se caractérise par un très grand conservatisme du vocalisme mais un relâchement certain de l'articulation des consonnes.
(ce qui suit est pour la plus grande part un résumé très simplifié de l'ouvrage de Michel Lejeune, Phonétique historique du mycénien et du grec ancien)

Occlusives

Pour ce qui est du mode d'articulation, sourdes et sonores simples sont conservées, mais le grec rend par des sourdes aspirées les sonores aspirées de l'eurindien.
*bʰer-ō « je porte » : phérō (skr. bharāmi, angl. bear))
*dʰugh₂tēr « fille » : thugátēr (skr. duhitar- < *dhuhitar), angl. daughter)
*gʰeu-ō « je verse » : khé(w)ō (skr. havis- « oblation rituelle », all. giessen)

Cette perte de sonorité est antérieure à la dissimilation qui touche la première de deux aspirées car celle-ci devient alors une sourde :
*bʰei-dʰ-ō « je persuade » : peíthō
*dʰei-gʰ- « façonner » : teĩkhos « mur »
*gʰe-gʰu-ka « j'ai versé » : kékhuka

Pour ce qui est du point d'articulation, labiales, dentales et gutturales isolées sont normalement conservées mais les labio-vélaires subissent des changements si importants qu'on leur consacrera la section suivante.

On notera cependant que gutturales et dentales peuvent être soumises à des phénomènes de palatalisation dans un certain nombre de contextes qui seront examinés dans les sections consacrées aux semi-voyelles.

Labio-vélaires

Elles subissent une perte de l'appendice labial et une modification du point d'articulation, qui devient dental avant e ou, pour , avant i, labial sinon.
Ces changements sont postérieurs au mycénien qui conserve les labio-vélaires (notées q).

traitement dental
*-kʷe « et » enclitique : -te (lat. -que, myc. -qe)
*gʷel-bʰ-us « matrice » : delphús
*gʷʰer-mos « chaleur » : thermós (fr. thermomètre)
*kʷis « qui » : tís (lat. quis)

traitement labial
*gʷiyeh₂ « violence » : bíā
*ogʷʰis « serpent » : óphis (> fr. ophidien)
*lei-kʷ-ō « je laisse » : leípō (lat. linquō, myc. re-qo-me-no « reliquat »)
*kʷrih₂- « acheter » : epriáto « il a acheté » (skr. krīta- « acheté », myc. qi-ri-ja-to)
*h₂eidʰ-okʷ-s « au visage brûlé » : aithíops (myc. ai-ti-jo-qo, > fr. éthiopien)

Mais, antérieurement au stade du mycénien : au contact de u ou avant y, il y a eu simple perte de l'appendice labial et le comportement a été alors identique à celui des gutturales (pas de changement au contact de u, palatalisation avant y).

action d'un u précédant
*gʷeh₃u-kʷolos « gardien de bœufs » : myc. qo-u-ko-ro, class. boukólos
*h₂mbʰi-kʷolos « serviteur » : myc. a-pi-qo-ro, class. amphípolos

action d'un u suivant
*gʷn-eh₂ « femme » : développement d'une voyelle d'appui *gʷ°n-eh₂
qui prend le timbre a en béotien (influence de n) : *gʷan-eh₂ > baná
mais qui prend le timbre u en ionien (influence de ) : *gʷun-eh₂ > *gun-eh₂ > gunḗ

action d'un y suivant
*uokʷ-s « voix » : *óps (gén. opós < *uokʷ-os)
*uokʷ-ih₂ : óssa « voix, rumeur » (< *ókya)

De telles alternances dues au contexte masquent souvent en grec les relations étymologiques entre mots issus d'une même racine :
*kʷel- « tourner » (skr. carati « il circule », lat. colō « je fréquente »)
*kʷel-iō « je me lève (pour une étoile) » : téllō (fr. Anatolie « Levant »)
*kʷl-in « en retournant » : pálin (fr. palindrome)
*kʷkʷl-os « roue » : kúklos (fr. cycle)
*gʷʰen- « frapper, tuer » (skr. hanti, ghnanti « il(s) frappe(nt) », lat. dē-fendō « se défendre »)
*gʷʰen-iō « je frappe » : theínō
*gʷʰon-os « meurtre » : phónos

Sifflante

La sifflante *s de l'eurindien a été dès l'époque pré-mycénienne d'une grande fragilité en grec, subissant des amuissements et assimilations dont le détail est complexe, d'autant plus que se sont souvent produites des interactions entre dialectes et des restaurations analogiques. Je me limiterai donc aux situations les plus courantes et les plus claires.

*s se maintient sans changement dans trois positions :

avant une occlusive sourde
*sper-mn « semence » : spérma ; *uesper- « soir » : hésperos (> Hespérides), lat. uesper (fr. vêpres)
*stegʰ-iō « je m'avance » : steíkhō ; *mneh₂stēr « prétendant » : mnēstḗr
*skotos « obscurité » : skótos ; *gʷm-skō « je marche » : báskō

après une occlusive (sauf dentale) ou une liquide
*bʰs-eu-gʰ-eh₂ « souffle, âme » : psūkhḗ (> fr. psyché)
*gʷeh₃u-klep-s « voleur de vaches » : boũkleps
*h₂ek-s-ōn « essieu » : áksōn (lat. axis « axe »)
*rs-ēn « mâle » : ársēn (par étym. pop. > arsenic qui, en fait, < iranien *zarnīk « couleur d'or »)
*seh₂-l-s « mer, sel » : háls (> fr. halogène)

en fin de mot après une voyelle (désinence de nominatif)
*tom-o-s (m.) « morceau coupé » : tómos (> fr. tome)
*bʰidʰ-ti-s (f.) « foi » : pístis
*gen-os (n.) « race, famille » : génos (> fr. gène)

*s suivi d'une voyelle s'affaiblit en une aspiration h (esprit rude) qui se maintient à l'initiale (sauf en éolien) ; en position intervocalique, il disparaît complètement, l'aspiration pouvant se reporter sur l'initiale du mot :
*septm « sept » : heptá
*nes-o-mai « je reviens » : néomai (cp. nós-to-s « retour »)
*ish₁ros « saint » : hierós (< *iserós)
par dissimilation, l'aspiration initiale disparaît si le mot contient une autre aspirée :
*segʰ-ō « je possède » : ékhō

Dans de telles positions, l'existence d'un s en grec ancien n'est jamais étymologique mais résulte, soit de la palatalisation d'une occlusive non labiale avant i, soit de l'évolution d'un groupe consonantique, ty, thy, ky ou tw.
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Outis
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Messageécrit le Friday 23 Nov 07, 19:45 Répondre en citant ce message   

Liquides

En position consonantique ou seconde partie de diphtongue, r et l sont stables :

*h₁rudʰros « rouge » : eruthrós (lat. ruber, skr. rudhiras)
*leu-k- « luire » : leukós « blanc » (lat. lūcidus « clair », skr. rocana- « brillant »)
*bʰer- « porter » : phérō (lat. ferō, skr. bharati)
*kʷel- « tourner » : pélomai « se mouvoir » (lat. colō « fréquenter > cultiver, habiter », skr. carati « marcher, circuler »)
*pro- « devant » préfixe : pro- (lat. pro-, skr. pra-)
*pl-eh₁- « emplir » : « plein » plḗrēs (lat. plēnus, skr. véd. prāta-)
*ser-p- « ramper » : herpō (lat. serpō, skr. sarpati)
*gʷel-bʰ- « matrice » : delphús (lat. uolua « vulve », skr. garbha- « embryon »)
*ph₂tēr « père » : patḗr (lat. pater, skr. (acc.) pitar-am, got. fadar)

En position vocalique la liquide se consonantise avec développement d'une voyelle d'appui qui est normalement de timbre a mais un timbre o semble plus ancien dans quelques mots ainsi que dans les dialectes archaïques (mycénien, arcado-cypriote, éolien).
Le traitement normal est ar, al à l'initiale ou à la finale et ra, la en position intérieure, sauf contraintes phonétiques ou restauration analogique :

*h₁r-s- « mâle » : ársēn (skr. ṛṣa-bha- « taureau », degré e dans gr. ionien érsēn « mâle »)
*iekʷr « foie » : hẽpar (lat. iecur, skr. yakṛt)
*h₁l-gʷʰ- « gagner » : alphánō (degré plein e/o dans skr. arhati)
*e-drk-on « il regarda » : édrakon (skr. adṛśan)
*kʷetr-to-s « quatrième » : hom. tétratos, class. tétartos (arcad. tetortos)
*mld-u- « mou, tendre » : bladús « flasque », amaldúnō « déliter » (lat. mollis < *molduis, skr. mṛdu-)
*dʰr-no-s « trône » : thrónos mais le mycénien hésite entre tono (= thórnos) et toronowoko (= thronourgos « fabriquant de trônes »)
*a-mr-to-s « immortel » : skr. amṛtas, gr. ámbrotos avec développement d'un b euphonique (cp. lat. cámera > fr. chambre)
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Outis
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Messageécrit le Friday 30 Nov 07, 17:17 Répondre en citant ce message   

Nasales

En position consonantique (c'est-à-dire devant voyelle), m et n sont inchangées :
*medʰ-ios « milieu » : mésos (lat. medius, skr. madhyas)
*neu-os « nouveau » : néos (lat. nouus, skr. navas)
*dom-os « maison » : dómos (lat. domus, skr. damas)
*sen-os « ancien » : hénos (lat. sen-ex, skr. sanas)
*h₂ek-mōn « pierre » : ákmōn (skr. aśmā)
*su(e)p-nos « sommeil » : húpnos (skr. svapnas)

En seconde partie de diphtongue (après voyelle), l'opposition entre m et n est neutralisée.

- en fin de mot la réalisation est toujours n :
*-m désinence secondaire 1re sg. active : é-pher-o-n « je portai » (skr. a-bhar-a-m, lat. fer-ē-ba-m « je portais »)
*-m désinence acc. sg. : « vers la maison » dómon (lat. domum, skr. damam)
sur le thème de l'hiver *gʰei-m- (lat. hiems, skr. himas), *gʰi-ōm « neige » : khiṓn

- avant occlusive ou sifflante la nasale accomode son point d'articulation sur celle-là :
de brémō « gronder » on a brontḗ (< *brom-téh₂) « tonnerre »
avec le préverbe sun- « avec » on forme
sur phérō « porter », sumphérō « porter ensemble, réunir »
sur tréphō « épaissir, nourrir », suntréphō « élever ensemble »
sur kaléō « appeler », suŋkaléō « appeler ensemble »
(la nasale gutturale ŋ, qui n'apparaît qu'avant gutturale, est notée γ en grec et n en transcription latine)
*sem-s « un » (nombre) > *hems > *hens > heĩs

En position vocalique m et n se vocalisent en a avec disparition de toute résonnance nasale :
*sm-gʷel-bʰ-os « d'une matrice unique » : adelphós (< *ha-delph-os) « frère »
*tn-tos « tendu » : tatós (lat. tentus, skr. tatas)
*-m désinence acc. sg. : « vers le père » patér-a (lat. patr-em)
*n- préfixe négatif : *n-tr-ep- « ne pas se détourner », á-trep-tos « qui ne s'émeut pas » (lat. in-trep-idus « intrépide »)
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Outis
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Messageécrit le Saturday 08 Dec 07, 17:18 Répondre en citant ce message   

Semi-voyelle i

En position vocalique et en seconde partie de diphtongue i se conserve :
*duis « deux fois » : dís (lat. bis, skr. dvis)
*h₁ei- « aller » : eĩ-mi « j'irai » : (lat. ī-s « tu vas », skr. e-mi, e-ṣi)
*oi-no- « unique, un » : oínḗ « l'as aux dés » (lat. ūnus, skr. ena-, got. ains) > all. eins
*ai-dʰ- « brûler » : aíthō (lat. aēdes « foyer », skr. edhas « combustible ») > fr. éther

En position consonantique la tendance générale est à l'amuissement, surtout en position libre. En position appuyée, il ne disparait pas sans traces et donne lieu à divers traitements phonétiques dont le détail est complexe et varie souvent selon les dialectes. Je ne donnerai donc ici que les traitements les plus usuels.

- à l'initiale, affaiblissement en h ou renforcement en z :
*ieh₁-gʷ-eh₂ « jeunesse » : dor. hḗbā (lit. jegà « force ») > fr. Hébé
*ies-ō « je bous » : zéō (skr. yasāmi)

- à l'intervocalique la disparition sans traces est la situation générale mais elle peut manquer de visibilité compte tenu des contractions ultérieures de voyelles en hiatus :
*treies « trois » : *trées > treĩsei note un ē fermé (skr. trayas, lat. trēs) > fr. tricéphale

- après occlusive on constate des palatalisations et/ou des assimilations :
py, bʰy > pt
*tup-iō « je frappe » : túptō (túpos « marque d'un coup », skr. tupati « il blesse ») > fr. typographie
*gʷeh₂-bʰ-iō « je trempe » : báptō (baphḗ « trempe, teinture », norrois kvefja « plonger ») > fr. baptème
ty, dʰy, ky, gʰy > ss / s
*ti-egʷ- « se retirer » : sébomai « respecter » (skr. tyajati « quitter »)
*toti-os « autant » : hom. tóssos, att. tósos (lat. toti, skr. tati)
*dʰi-eh₂-mn « objet de l'attention ? » : sẽma « signe, marque » (skr. dhyāma « pensée ») > fr. sémantique
*medʰ-ios « milieu » : mésos (lat. medius, skr. madhyas) > fr. Mésopotamie
*ki-eu-ō « je mets en mouvement » : seúō (skr. cyavāmi)
*keh₂-ruk-iō « je proclame » : kẽrússō (kẽruks « héraut »)
*dʰr-h₂-gʰ-iō « je trouble » : thrássō (*dʰ°r-h₂-gʰ-eh₂ > tarakhḗ « désordre »)
dy, gy > z
*diēus « ciel » : Zeús (skr. Dyaus)
*sed-io-mai « je m'assois » : hézomai
*ih₂-eg-io-tai « il craint respectueusement » : házomai (hag-nós « pur », skr. yajate « il sacrifie »)
kʷy, gʷy, gʷʰy : même traitement que ky, gy, gʰy

- après la sifflante s, le groupe sy donne h à l'initiale (comme chacun de ses deux composants) et, à l'intervocalique, s'assimile en yy, le premier élément formant diphtongue avec la voyelle précédente et le second s'amuissant :
*siu- « coudre » : humḗn « membrane, peau fine » (skr. syūman « lien, couture »)
*teles-ios « achevé » : téleios (télos « fin »)
*nas-iō « habiter » : naíō (meta-nás-tēs « émigrant, réfugié »)
*aid-os-ios « respectable » : aidoĩos (aíd-o-mai « respecter »)
*mus-ia « mouche » : muĩa (lat. mus-ca)
*konis-iō « je couvre de poussière » : koníō [ī] (konís « poussière », lat. cinis « cendre »)

- après l il y a assimilation ly > ll :
*h₂el-ios « autre » : állos (lat. alius, gén. pl. cypr. a-i-lo-ne, skr. aryas « autre > ami > aryen »)

- précédés de a ou o, ry > ir et ny > in, avec i en diphtongue
*gʰim-r-ih₂ « jeune chèvre (née de l'hiver) » : khímaira (< *khímar-ya)
*smor-ih₂ « part, lot » : moĩra
*dʰh₁s-h₂-nih₂ « déesse » : hom. théaina (cp. *dʰh₁s-os > theós « dieu », lat. *dʰeh₁s-iai > fēriae « fêtes [religieuses] » > fr. férié)
*dems-pot-n-ih₂ > *des-po-n-yh₂ « maîtresse de maison » : déspoina (cp. pótnia « maîtresse » avec un i vocalique)

- précédés de i ou u, ry > r et ny > n, avec allongement compensatoire de la voyelle
*oiktir-iō « je me lamente » : oiktírō [ī] (oiktrós « lamentable »)
*mur-mur- « bruit de la mer ou du feu » : mormúrōn [ū] « [flot] grondant » (< *mur-mur-iōn, skr. murmura « feu qui crépite », lat. murmur « grondement »)
*kri-n-iō « je trie, choisis, décide » : krínō [ī] (lat. cernō « je trie, tamise »)
*plu-n-iō « je lave » : plúnō [ū] (skr. plav-ate « il flotte, nage »)

- précédés de e, les deux traitements précédents se confondent puisque la diphtongue ei a évolué en ẹ: (e long fermé) et qu'elle a servi à noter ce phonème quand il résultait d'un allongement :
*per-iō « je perce » : peírō /pẹ:ro:/ (vx-slave na-perjǫ)
*gʷʰen-iō « je frappe » : theínō /thẹ:no:/ (skr. han-mi)

- on manque d'exemples pertinents pour le traitement de my
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Papou JC
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Messageécrit le Sunday 15 May 11, 8:17 Répondre en citant ce message   

Je constate qu'ici tu as écrit *leu-k-. C'est un lapsus ou c'est volontaire ? Donnes-tu ainsi par avance la réponse à la question que je te pose dans le cours précédent, à savoir qu'on ne sait pas très bien quoi faire de u et de k, ni comment écrire cette "racine" ?
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Outis
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Messageécrit le Sunday 15 May 11, 10:50 Répondre en citant ce message   

C'est un peu comme on veut, ça dépend de l'intention. C'est comme choisir entre rosa et ros-a …

Si on a envie de rappeler la théorie de la racine, on écrira *leu-k- mais, si on connait des réalisations apophoniques *lou-k- (skr. loka- « espace libre, monde », lat. lūcus « clairière », lit. laûkas « champ »), on ne connaît pas de thème II *lu-ek- et il est donc plus simple d'écrire *leuk-. C'est ce que fait Beekes (Comp. p. 109) :

'light': Skt. róka-, Lith. laūkas, Gr. leukós, Lat. lūx, OE lēoht. PIE *leuk-.

Maintenant, si on souhaite entrer dans la poésie et interroger chez Pokorny les thèmes *leu- « to cut off, separate, free » et *leu-P- (P = labiale indéterminée) « to peel, cut off, harm, etc. », il vaudra mieux écrire *leu-k- …
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Papou JC
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Messageécrit le Sunday 15 May 11, 11:06 Répondre en citant ce message   

Tu avais donc, ici, choisi la poésie ...
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Outis
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Messageécrit le Sunday 15 May 11, 19:12 Répondre en citant ce message   

Même pas. Ces notes sont rapidement écrites à partir de sources diverses et de ma mémoire fluctuante. Comme je viens de le dire, ce n'est important que quand on veut démontrer un point particulier. Ce n'était pas le cas ici. Si ça te trouble tant que ça, je te donne le droit de tout corriger ; moi, je m'en fous un peu …
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Papou JC
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Messageécrit le Monday 16 May 11, 6:11 Répondre en citant ce message   

Outis a écrit:
Si ça te trouble tant que ça, je te donne le droit de tout corriger

Je m'en garderai bien ! Non seulement, ça ne me trouble pas mais ça m'enchante : c'est un bel exemple d'hésitation, il est très parlant, non seulement pour cette racine mais pour toutes les racines du même type, je veux dire toutes celle où la "voyelle" qui relie les deux radicales est en fait une "diphtongue". Ce qui est loin d'être banal, comme tu sais.
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Outis
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Messageécrit le Monday 16 May 11, 7:14 Répondre en citant ce message   

Nous ne parlons pas le même langage. Tu peux relire d'abord mes notes sur la théorie de la racine.

Donc, là où dans *leuk- tu vois deux « radicales », l et k, et une diphtongue eu, je vois un thème de schéma C₁eC₂-C₃- avec :
— une racine C₁eC₂- où C₁ est la liquide l et C₂ la semi-voyelle u ;
— un suffixe C₃ qui est l'occlusive k.

C'est un cas où les deux consonnes de la racines sont toutes deux des sonantes mais ce n'est ni rare, ni banal, c'est comme ça, c'est tout. Dans la théorie de la racine, les neuf sonantes (2 semi-voyelles, 2 nasales, 2 liquides, 3 laryngales) sont des consonnes aussi légitimes que les occlusives.

On ne peut non plus parler raisonnablement de diphtongue pour la seconde sonante car cela présupposerait qu'on donne une réalité phonétique au e qui n'est en fait ici que le symbole de l'alternance e/o/Ø.

Enfin, je persiste à récuser ce que tu appelles mon hésitation. Je n'hésite nullement entre *leuk- et *leu-k-. Le second n'est qu'une analyse du premier et il lui appartient déjà implicitement, tout comme dans chanteront il y a chanter-ont.

Tout ceci dit, tu as bien sûr le droit à ton propre langage, plus proche de celui de Meillet (1937), par exemple. Je te conseille cependant de lire plutôt Benvéniste (1984) ou Beekes (1995) :
— du premier, sur ce sujet, Origines de la formation des noms en indo-européen (Maisonneuve) ;
— du second, plus général, Comparative Indo-European Linguistics (Benjamins).
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gilou
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Messageécrit le Monday 16 May 11, 10:52 Répondre en citant ce message   

Papou JC a écrit:
Outis a écrit:
Si ça te trouble tant que ça, je te donne le droit de tout corriger

Je m'en garderai bien ! Non seulement, ça ne me trouble pas mais ça m'enchante : c'est un bel exemple d'hésitation, il est très parlant, non seulement pour cette racine mais pour toutes les racines du même type, je veux dire toutes celle où la "voyelle" qui relie les deux radicales est en fait une "diphtongue". Ce qui est loin d'être banal, comme tu sais.
Je suis parfaitement d'accord avec Outis. Au yeux de qui connait la structure théorique des racines eurindiennes, il n'y avait pas la moindre ambiguïté ni hésitation.
Elle est bien exposée par Outis dans le sujet indiqué, pour une exposition dans le cadre du latin, lire l'excellent ouvrage de Pierre Monteil, Eléments de phonétique et de morphologie du latin (1974)
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Papou JC
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Messageécrit le Monday 16 May 11, 11:41 Répondre en citant ce message   

Un grand merci à vous deux pour toutes ces informations que j'apprécie au plus haut point.
Une seule chose quand même : l'hésitation et le doute sont le fait des sages, il n'y a que les sots qui ne doutent et n'hésitent jamais. J'aime bien taquiner Outis mais j'ai le plus grand respect pour son savoir, et ça, il ne doit pas en douter.
J'ai d'ailleurs le plus grand respect pour les divers savoirs des divers Babéliens. Chacun, dans notre mesure, nous apportons à l'édifice la pierre que nous pouvons, et c'est très bien ainsi. Que ça n'empêche ni l'humour ni la taquinerie, de temps en temps, sinon, ce serait un peu triste, non ?


Dernière édition par Papou JC le Monday 16 May 11, 12:09; édité 1 fois
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embatérienne
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Messageécrit le Monday 16 May 11, 12:05 Répondre en citant ce message   

Papou JC a écrit:
l'hésitation et le doute sont le fait des sages, il n'y a que les sots qui ne doutent et n'hésitent jamais. J'aime bien taquiner Outis mais j'ai le plus grand respect pour son savoir, et ça, il ne doit pas en douter.

Donc Outis n'est pas sage ! mort de rire
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Papou JC
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Messageécrit le Monday 16 May 11, 12:10 Répondre en citant ce message   

Sophiste ! très content
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Outis
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Messageécrit le Tuesday 17 May 11, 10:25 Répondre en citant ce message   

Bah, n'oublions pas que Jacqueline de Romilly a fort heureusement réhabilité les Sophistes, tous ces Gorgias et Protagoras qui furent probablement les hommes clefs du « miracle grec » et qui sont tombés, victimes des attaques, non tellement de Platon (qui les respectait), mais des Platoniciens et de leurs tristes continuateurs. Ils n'ont pas été recopiés sous le christianisme et ils sont donc quasiment perdus mais, pour moi, dans le mot de sophiste je n'entends que l'étymologie et il reste un compliment …
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