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Nasreddin Hoca - Forum des langues turques - Forum Babel
Nasreddin Hoca
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Lezarvert



Inscrit le: 08 Nov 2006
Messages: 148
Lieu: Allemagne

Messageécrit le Friday 14 Dec 07, 12:45 Répondre en citant ce message   

Je me suis acheté un très bon recueil de contes sur ce grand personnage de la sagesse populaire turque, et c'est souvent avec grand plaisir que je partage une petite histoire avec d'autres personnes qui ne savent pas grand chose sur les Turcs.

Ça les change des lokums et des kebabs. :mrgreen:

Enfin bref, il se trouve que ce livre est exclusivement rédigé en français, et on m'a confié que la lecture produit plus d'effets qund elle se fait en langue turque. Sans doute en raison des jeux de mots que produisent la structure de la phrase...

Alors j'aimerais savoir où je pourrais trouver des écrits turcs sur Nasreddin Hoca, parce que j'en ai pas trouvé (honte sur moi, google et moi ça fait deux). En attendant...

Quiproquo

Timour est à la chasse au sanglier, lorsque soudain un mgnifique solitaire débouche d'un fourré à quelques pas. Le Tartare aussitôt bande son arc et tire, mais à côté.
- Bravo ! s'exclame Nasreddin, qui se tient par derrière.
- Pourquoi me dis-tu bravo ? demande Timour, perplexe.
- Ce n'est pas à toi que j'ai parlé, seigneur, c'est au sanglier.
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orhan



Inscrit le: 15 Mar 2005
Messages: 532
Lieu: Turquie

Messageécrit le Friday 14 Dec 07, 13:02 Répondre en citant ce message   

Le pouvoir du turban

Un jour un Persan , résident d’Akchéhir (Turquie) reçoit une lettre de ses relations à Isfehan.
Parce qu’il était analphabète il apporte la lettre à Hodja Nasreddin pour la faire lire.Mais le hodja ne sait pas le persan.
- C’est écrit en persan, se plaint-il, je ne peux pas lire le persan!
Le Persan était bien affligé:
- Hodja Eféndi, hodja éféndi, vous vous êtes coiffé d'un turban mais vous ne pouvez pas lire une lettre?
Hodja le considéra pour un moment, il prit son turban, le tendit au Persan.
- Eféndi, si c’est l’habilité du turban, prends-le et lis la lettre, dit-il.
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Abdüssalâm
Animateur


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Messageécrit le Friday 14 Dec 07, 15:57 Répondre en citant ce message   

Il existe en Algérie les mêmes histoires attribuées à un personnage nommé joHa (djoha) mais elle semble, à mon avis, être directement copiées des histoires (fıkra) de Nasreddin Hoca (hodja), les Turcs ayant dirigé ce pays pendant plusieurs siècles. Le nom lui-même de JoHa est apparemment un anagramme de hoca. Une "fıkra" de Nasreddin hoca, malheureusement que je ne connais qu'en français:
une nuit nasreddin hoca arrive dans un village où il y a une noce. Il s'y présente (pas besoin d'invitation pour cela, en terre musulmane), mais dans ses habits de voyage, sales, dépenaillés et défraîchis. On le place alors en queue de banquet, là où les bons morceaux n'arrivent pas. Voyant cela Nasreddin hoca rejoint le caravanserail et sort de ses malles un superbe habit dont il se vêtit. Revenant à la fête, on ne reconnait pas en lui le gueux de tout à l'heure et croyant avoir affaire à un noble personnage, on le place tout près du maître de maison là où l'on sert les morceaux de choix. Nasreddin hoca plonge alors ses mains dans le plat et enduit de victuailles ses beaux habits et, devant l'étonnement des convives, dit; "n'est-ce pas grâce à eux que je me trouve à cette place? alors il est normal qu'ils aient droit à leur part."
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Lezarvert



Inscrit le: 08 Nov 2006
Messages: 148
Lieu: Allemagne

Messageécrit le Friday 14 Dec 07, 16:24 Répondre en citant ce message   

Effectivement Nasreddin hoca sévit sur un espace géographique assez large : Asie mineure, Asie centrale (de l'Amrénie jusqu'à la Mongolie), dans le monde arabe en général et dans certaines parties de l'Europe (en Ukraine et dans les pays balkaniques soumis à l'influence de l'Islam). Dans ces régions le personnage s'est un peu naturalisé, son nom change un peu.

Une autre :

L'idiot des idiots

Timur Leng fait appeler son bouffon Nasreddin et lui commande :
- Gros paresseux, jusitifie un peu ta fonction : je veux que pour demain tu m'aies dressé la liste complète de tous les idiots qui fréquentent ma cour.

Le hoca revient le lendemain, une feuille de papier à la main. Timur voit tout de suite qu'elle porte un seul nom d'écrit.
- N'as-tu donc trouvé qu'un seul idiot ? lui demande-t-il.
- Oh, certes non ! Mais il en est un qui dépasse à ce point les autres que nul ne peut supporté d'être comparé à lui.
- Qui est-ce donc ?
- Timur Leng ! crie le Hoca.

Au lieu de se mettre en colère comme d'habitude, le tyran s'amuse plutôt de cette insolence, et il demande à Nasreddin de s'en expliquer.

- C'est pourtant évident, répond l'autre : s'il y a des idiots parmi tes courtisans, alors que tu les choisis toi-même, c'est que tu es un idiot de première grandeur.
- Tu te trompes, proteste Timur. Je suis entouré de gens remarquables.
- Si ce sont des gens remarquables, alors quel idiot tu fais de me demander de trouver parmi eux des idiots.

Voyant qu'il n'arrivera à rien, le Tartare commence à se fâcher :

- Tais-toi donc à la fin, insolent ! Je vais te dire ce que je pense : l'idiot, c'est toi.
- Dans ce cas, seigneur, poursuit le Hoca, imperturbable, je maintiens ma liste telle quelle, car il faut vraiment être l'idiot des idiots pour demander à un idiot de dresser la liste des idiots.


Je serais curieux de savoir à quoi doit ressembler la dernière phrase en turc...
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Dino



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Messages: 482
Lieu: Αθήνα – Ελλάδα

Messageécrit le Friday 14 Dec 07, 16:52 Répondre en citant ce message   

Nasreddine Hodja vient de trouver un pauvre paysan pleurant sur le cadavre de son âne.
- Qu'est-ce qui t'est arrivé? demande Nasreddine.
Là, le pauvre paysan lui répond que, étant pauvre, il avait essayé d'apprendre à son âne de ne pas manger.
-Très intelligent, dit Nasreddine. Et après?
-La première semaine tout allait bien. C'est au bout de 15 jours qu'il est mort...

Ce n'est peut être pas marrant pour tout le monde, mais pour ceux qui connaissent la façon de penser des gens de l'Asie Mineure ou même de la Méditerranée Orientale, ça dit bien ce que ça veut dire.
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Abdüssalâm
Animateur


Inscrit le: 02 Jan 2007
Messages: 909
Lieu: Aiguillon

Messageécrit le Friday 14 Dec 07, 18:02 Répondre en citant ce message   

En fait ces histoires ne sont pas des bonnes blagues, mais ont leur pleine fonction dans l'enseignement populaire du soufisme. Leur nom turc est d'alilleurs "fıkra" qui est issu de la racine arabe "fkr" (penser). Elles sont la réaction de l'Islâm sûfî face au formalisme littéral de l'islâm officiel et légaliste qui préfére user de la dérision plutôt que de la confrontation idéologique qui est le terrain de prédilection des formalistes (alors que l'humour, ça, ils ne connaissent pas). C'est une sorte de maïeutique où le sage feint la folie pour mieux dévoiler celle des hommes.
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Lezarvert



Inscrit le: 08 Nov 2006
Messages: 148
Lieu: Allemagne

Messageécrit le Friday 14 Dec 07, 18:37 Répondre en citant ce message   

Je vois les contes de Nasreddin Hoca comme une forme d'humanisme avant l'heure. Ça me fait penser un peu à Michel de Montaigne, un lettré incontournable de l'époque, mais qui dans ses Essais se dépeint comme un individu modeste, sans grandes qualités physiques, dans sa campagne girondine et ses forêts... mais c'était au XVIe siècle seulement ! Nasreddin est de la fin du XIIe. Comme quoi le monde musulman était bien en avance sur les ecclesiastiques rigoureux qu'on pouvait trouver en Europe à l'époque.

Ça me fait penser aussi à certains contes bouddhistes qu'on ma racontés...
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orhan



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Lieu: Turquie

Messageécrit le Friday 14 Dec 07, 20:57 Répondre en citant ce message   

Voilà les adresses de Hoca(Hodja) Nasreddin:

en Turquie (en eng.)

http://www.cs.biu.ac.il/~schiff/Net/front.html

(en fr)

http://ecoles.ac-rouen.fr/circ_dieppe_est/outils/projets/j-conte/conte.htm

Dans quelque part, on offrait ce conte comme un conte du sud Afrique:

Nasreddine, son fils et l’âne

Le fils de Nasreddine avait treize ans. il était même tellement complexé qu’il refusait de sortir de la maison. “Les gens vont se moquer de moi”, disait-il sans arrêt. Son père lui répétait toujours qu’il ne faut pas écouter ce que disent les gens parce qu’ils critiquent souvent à tort et à travers, mais le fils ne voulait rien entendre.
Nasreddine dit alors à son fils : “Demain, tu viendras avec moi au marché.”

Fort tôt le matin, il quittèrent la maison. Nasreddine Hodja s’installa sur le dos de l’âne et son fils marcha à côté de lui.

A l’entrée de la place du marché, des hommes étaient assis à bavarder. A la vue de Nasreddine et de son fils, ils lâchèrent la bride à leurs langues : “Regardez cet homme, il n’a aucune pitié ! il est bien reposé sur le dos de son âne et il laisse son pauvre fils marcher à pied. Pourtant, il a déjà bien profité de la vie, il pourrait laisser la place aux plus jeunes.” Nasreddine dit à son fils : “As-tu bien entendu ? demain tu viendras avec moi au marché !”

Le deuxième jour, Nasreddine et son fils firent le contraire de ce qu’ils avaient fait la veille : le fils monta sur le dos de l’âne et Nasreddine marcha à côté de lui. A l’entrée de la place, les mêmes hommes étaient là. Ils s’écrièrent à la vue de Nasreddine et de son fils : “Regardez cet enfant, il n’a aucune éducation, aucune politesse. Il est tranquille sur le dos de l’âne, alors que son père, le pauvre vieux, est obligé de marcher à pied !” Nasreddine dit à son fils : “As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !”

Le troisième jour, Nasreddine et son fils sortir de la maison à pied en tirant l’âne derrière eux, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent sur la place. Les hommes se moquèrent d’eux : “Regardez ces deux imbéciles, ils ont un âne et ils n’en profitent même pas. Ils marchent à pied sans savoir que l’âne est fait pour porter des hommes.” Nasreddine dit à son fils : “As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché ! “

Le quatrième jour, lorsque Nasreddine et son fils quittèrent la maison, ils étaient tous les deux juchés sur le dos de l’âne. A l’entrée de la place, les hommes laissèrent éclater leur indignation : “Regardez ces deux là, ils n’ont aucune pitié pour cette pauvre bête !” Nasreddine dit à son fils : “As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !”

Le cinquième jour, Nasreddine et son fils arrivèrent au marché portant l’âne sur leurs épaules. Les hommes éclatèrent de rire : “Regardez ces deux fous, il faut les enfermer. Ce sont eux qui portent l’âne au lieu de monter sur son dos.”

Et Nasreddine Hodja dit à son fils : “As-tu bien entendu ? Quoi que tu fasse dans ta vie, les gens trouveront toujours à redire et à critiquer. Il ne faut pas écouter ce que disent les gens.”
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Lezarvert



Inscrit le: 08 Nov 2006
Messages: 148
Lieu: Allemagne

Messageécrit le Sunday 16 Dec 07, 0:29 Répondre en citant ce message   

"Le pari", un des mes préférés.

Nasreddin se plaint coninuellement auprès de Timour Leng de sa grande pauvreté, mais le souverain est loin d'être généreux. Aussi ce dernier est-il surpris d'apprendre que presque tous les soirs son bouffon organise de grands festins dans sa modeste demeure.

Timour le fait appeler et lui demande comment il s'y prend pour dépenser autant d'argent, avec des gages si modestes. Le Hoca répond qu'il engage tout somplement des paris avec toute sorte de gens et qu'il gagne à chaque fois. Ainsi, il peut donner des fêtes.
Le Tartare, à ces mots, est pris du désir de le défier.

- Que parierais-tu avec moi pour dix pièces d'or ? lui demande-t-il.
- Je parie, lui propose le Hoca, que demain matin en te réveillant, tu auras un furoncle sur la fesse droite.
- Paris tenu ! accepte Timour en riant, sûr de gagner.

Le souverain passe une très mauvaise nuit. Toutes les heures, il se réveille et vérifie si quelque chose n'est pas en train de pousser sur sa fesse, on ne sait jamais. Mais non, rien, absolument rien !

Le lendemain matin, tout heureux et soulagé, Timour se précipite chez Nasreddin :
- Hoca, tu as perdu !
- Permets-moi, seigneur, de vérifier

Timour relève son manteau, baisse son pantalon et tend son postérieur à Nasreddin qui est bien obligé d'admettre qu'il a perdu et de lui donner les dix pièces d'or promises. C'est la première fois que le Tartare a le dernier mot avec son bouffon et il rentre au palais tout fier de son coup.

Pourtant, le lendemain, il apprend que, le soir même du pari, Nasreddin a organisé une fête à tout casser, pour laquelle il a même loué les services des musiciens de la cour. Furieux, il le convoque pour lui demander des explications.

- C'est très simple, répond bien volontiers le Hoca : j'avais parié cinquante pièces d'or à tes courtisans que s'ils venaient chez moi assez tôt ils auraient, en se cachant bien, ce spectacle rare su maître du monde montrant son cul à son bouffon.
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Adhyaapak



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Messageécrit le Monday 31 Dec 07, 7:25 Répondre en citant ce message   

Nasiruddin (c'est comme ça qu'on transcrirait) est bien connu en Inde, autre grande terre de soufisme. Son nom, je ne crois pas qu'on l'ait dit encore, signifie en arabe "victoire (nasr, نصر, comme dans le célèbre prénom Nasser) de la foi (لدین, ad-dîn, comme à la fin d'un grand nombre de prénoms musulmans, cf. Nouredine, Zinedine, etc.)", ce qui n'est peut-être pas insignifiant.

En Inde, un autre personnage lui fait un peu d'ombre : c'est Birbal, l'un des plus proches conseillers du célèbre empereur moghol Akbar (le Grand). Il existe des recueils entiers de courts dialogues entre Birbal le Sage et Akbar le Sot. À chaque fois, Akbar, qui se croit le plus malin, se fait avoir et termine l'histoire soit rouge de honte, soit obligé de se fendre d'une bourse pleine de pièces d'or !

Mais le plus beau, c'est qu'en fouillant dans ces histoires, j'en ai trouvé une qui met en scène et Birbal, et Nasiruddin, alors qu'ils vécurent en principe à plusieurs siècles de distance ! La voici :

Un jour, Mullah Nasiruddin tomba en disgrâce aux yeux du sultan, si bien que celui-ci demanda à l'un de ses hommes de le décapiter et de lui apporter sa tête (ça commence très fort !).

Le mollah en fut tout retourné et s'en alla trouver Birbal pour lui demander comment se sauver de ce mauvais pas. Birbal lui répondit : "La situation est grave, mais pas désespérée. J'ai bien une idée... Va te reposer pour l'instant."

Le lendemain, Nasiruddin se présenta à la cour avec son propre bourreau. Furieux de voir le mollah vivant, le sultan s'écria : "Je t'avais ordonné de m'apporter sa tête, pas le mollah tout entier !" Nadiruddin répliqua, le plus humblement du monde : "Ce n'est pas de sa faute, ô Protecteur de l'Univers. Tu sais bien qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même et j'ai horreur de déléguer une tâche ! C'est pourquoi j'ai décidé de t'apporter ma tête moi-même, sur mes propres épaules. La voici, Altesse."

Akbar fut si sensible à l'ingéniosité de la défense qu'il laissa la vie sauve à Nasiruddin.
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orhan



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Messageécrit le Monday 31 Dec 07, 17:14 Répondre en citant ce message   

Connaissez-vous quelques mots turcs dans la langue indienne, car on parle d'un empire
fondé par Babur . Et voulez-vous nous parler un peu de la langue urdu?
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Adhyaapak



Inscrit le: 27 Dec 2007
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Messageécrit le Tuesday 01 Jan 08, 6:36 Répondre en citant ce message   

L'Empire moghol a effectivement été fondé par un certain Bābur, né à Andijan (Ouzbékistan) et dont le mausolée se trouve à Kaboul. Ses mémoires, le Bāburnāma, sont rédigées dans une langue qu'il appelait türki et qui était je crois du tchagataï, sans que je puisse vous en dire plus. Je lis dans Wikipedia que son nom serait apparenté à l'anglais beaver, qui signifie "castor" !

Mais la culture dominante à la cour moghole fut très rapidement persane. L'empereur Akbar, dont j'ai déjà parlé et qui resta toute sa vie illettré, avait la langue arabe en horreur. Il fit interdire les phonèmes 'ain (ع) et qaaf (ق) - ceux qui posent le plus de problèmes aux apprenants francophones (et pas que) et qui ont disparu du persan (pas de l'ourdou pour le qaaf) et du turc aussi je pense - et même les prénoms Muhammad et Ahmad, beaucoup trop arabes à son goût !

Avant même les premiers empereurs moghols, les souverains musulmans, qui régnèrent sur l'Inde du Nord de façon continue dès 1100 environ, avaient constitué des armées dont les soldats étaient issus des quatre coins du monde musulman : Turcs, Iraniens, Arabes, Indiens, etc. Pour se faire comprendre, ils utilisaient une langue composite, dont la structure était indo-aryenne, c'est-à-dire héritée du sanskrit via de nombreuses phases intermédiaires appelés prakrits, mais dont le vocabulaire empruntait largement aux différentes langues du monde musulman. Elle s'écrivait avec l'alphabet persan et prit le nom d'ourdou, d'un mot turc signifiant (arrêtez-moi si je dis une bêtise) "tente", d'où "campement militaire" et "armée" (cf. français horde).

À mesure que les États musulmans du nord de l'Inde purent penser à autre chose que de faire la guerre, l'ourdou devint langue de cour et de poésie, même si jusqu'à une période très récente (début du XXe siècle en fait), le persan continuait de jouir d'un statut très élevé. Un poète comme Iqbal, considéré comme le père fondateur du Pakistan, écrivait dans les deux langues : persan et ourdou.

Dans la langue de tous les jours, hindi et ourdou sont quasiment interchangeables. Les films de Bollywood, le cinéma commercial de Bombay, sont parfaitement compréhensibles à Lahore, et même Kaboul. C'est dès qu'on aborde un domaine un peu technique que les choses se gâtent. À un ou deux tout petits détails près, la structure est rigoureusement identique, c'est juste le vocabulaire qui change (issu du persan pour l'ourdou, du sanskrit pour le hindi). Évidemment, la crispation politique et idéologique entre l'Inde et le Pakistan ne facilite pas le rapprochement entre les deux langues.

L'ourdou continue d'être considérée comme la langue de la poésie, la seule qui convienne pour chanter le vin et la beauté (sharaab-o-shabaab. Les Indiens se régalent de ghazals et de chansons de film en ourdou. Comme dit l'une d'elles, "woh yaar hai, khushboo ki tarah, jiski zuban urdu ki tarah" (وہ یار ہے خوشبو کی طرح جس کی زباں اردو کی طرح) : un bien-aimé est comme un parfum, sa langue est (belle) comme l'ourdou...

Je m'arrête là. Il y a peut-être déjà de quoi créer un nouveau sujet. Je m'aperçois que je n'ai pas répondu à votre question sur les mots de turc en ourdou. Vous avez deviné la raison : je n'en vois aucun, là, comme ça, à l'arraché. Je suis sûr qu'il y en a un tas que nous partageons avec le persan et l'arabe (il suffit pour moi de regarder les titres de vos journaux, comme Düniya, Hürriyet, Milliyet ou Zaman). Mais des mots purement turcs... je ferais attention et je vous en signalerai quand j'en croiserai.
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Adhyaapak



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Messageécrit le Tuesday 01 Jan 08, 7:04 Répondre en citant ce message   

Orhan a écrit:
Connaissez-vous quelques mots turcs dans la langue indienne

Bon, ça m'a quand même travaillé, votre histoire, alors voilà ce que j'ai réussi à pêcher sur Internet. Je vous préviens, ce n'est pas grand chose. Et comme je m'en doutais un peu, ce sont des mots partagés avec (pas mal) d'autres...

सुबह, qui se prononce "souba", "soubè" et même "soubo" = sabah = le matin
बतख़, batakh = canard, il semblerait que vous ayez un "batak" pour désigner un autre oiseau
हलवा, halvā, mais qui ici désigne un dessert très différent, soit à base de semoule, soit à base de carottes râpées, avec pistaches, noix de cajou, raisins secs, etc.
शक्कर, śakkar = şeker = le sucre, que l'on mettra bien sûr dans le ...
चाय, "tchaï" = çay
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orhan



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Messageécrit le Wednesday 02 Jan 08, 1:14 Répondre en citant ce message   

Merci pour ces explications Adhyaapak. Vous écrivez du pays de Raj Kapor. Dans le film AVARE il chantait une chanson où passait le nom “dünya>monde”.
Le nom “karabatak” existe en turc, c’est le nom d’un oiseau d’eau, plongeon, cormoran.
On voit que vous ne connaissez pas parler urdu. Ce sont les Pakistanais qui le parlent n’est-ce pas? La langue urdu est la composition de différentes langues, je le savais. Et vous dites qu’il n’y a pas beaucoup de mots turcs dans la langue de l’Inde. Merci.
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Adhyaapak



Inscrit le: 27 Dec 2007
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Messageécrit le Wednesday 02 Jan 08, 6:30 Répondre en citant ce message   

Orhan a écrit:
Merci pour ces explications Adhyaapak. Vous écrivez du pays de Raj Kapor. Dans le film AVARE il chantait une chanson où passait le nom “dünya>monde”.
Le nom “karabatak” existe en turc, c’est le nom d’un oiseau d’eau, plongeon, cormoran.
On voit que vous ne connaissez pas parler urdu. Ce sont les Pakistanais qui le parlent n’est-ce pas? La langue urdu est la composition de différentes langues, je le savais. Et vous dites qu’il n’y a pas beaucoup de mots turcs dans la langue de l’Inde. Merci.

Pour les non initiés, Raj Kapoor est un grand acteur des années 1950. Le film dont vous parlez n'est pas une adaptation de Molière. Son titre en hindi / ourdou est āvārā (आवारा/آوارا), mot d'origine persane ayant le sens de "vagabond".

L'ourdou est la langue officielle du Pakistan, mais curieusement elle est ultra-minoritaire comme langue maternelle dans ce pays. Les Pakistanais s'expriment principalement dans leurs langues régionales : pendjabi, sindhi, pachto et baloutche, pour résumer. L'ourdou a été choisi au moment de la Partition pour ne pas faire de jaloux et en raison de son grand prestige (langue de cour et langue littéraire). Il n'en reste pas moins qu'en tant que langue maternelle, l'ourdou est beaucoup plus parlé en Inde.

En tant que "langue du camp", l'ourdou présente la particularité de ne pas avoir de réel centre géographique. Mais s'il fallait lui en trouver un, ce serait certainement en Inde, et pas au Pakistan ! Deux villes se disputent le titre de capitale de l'ourdou : l'une est Lucknow, au nord du pays, qui était la capitale des nawabs de l'Awadh (Oudh en anglais) ; l'autre, Hyderabad, au sud, capitale du richissime nizam.

L'ourdou est l'une des (nombreuses) langues officielles de l'Inde : vous la verrez écrite sur les billets de banque. À Delhi, elle est officielle avec le hindi, le pendjabi et l'anglais : certains panneaux portant le nom des rues (il n'y en pas beaucoup !) sont quadrilingues.
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