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[JEU] Basquisons la Gascogne ! - Forum langue d'oc - Forum Babel
[JEU] Basquisons la Gascogne !

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Invidia



Inscrit le: 24 Jul 2008
Messages: 441
Lieu: Gasconha (França)

Messageécrit le Saturday 25 Sep 10, 19:04 Répondre en citant ce message   

Sur le modèle de mes propositions loufoques d'italianisation des Alpes-Maritimes, voici la suite : c'est un jeu qui met en branle la transversalité. C'est assez amusant.

Je commence par le Béarn avec la vallée d'Aspe.


Les hauteurs d'Urdos au sortir du tunnel du Somport

La vallée d'Aspe possède une forte toponymie d'origine basque romanisée. Il est donc assez aisé de reconstruire des étymons basques. Commençons avec le canton d'Accous.

- Vallée Aspe : du basque aitz="éminence rocheuse" + -pe="dessous"
D'où : Azpeko Ibarra

- Accous : probable toponyme basco-aquitain en -oz à élucider (Achoss/Achost au XIIème siècle)
Le suffixe -oz a pu en basque à époque moderne être interprété par l'affriquée -otz 'avec ajout d'un -e final par analogie avec les déclinaisons). Il me semble raisonnable de maintenir -oz.
D'où : Akoz

- Athas : probable formation basque (cf Atherey en Soule) sur athe=porte.
Les liens intimes entre l'ancienne langue basque du Béarn telle que l'on peut la déduire des toponymes formés maintenus dans le Recensement des Feux de Béarn, et le basque souletin, autorise à maintenir à l'écrit l'aspiration.
D'où : Athaz

- Aydius : toponyme resté énigmatique, inchangé depuis le XIVème siècle. Même si l'étymon basque est probable, le mieux reste encore une simple adaptation graphique (avec réfection de la finale).
D'où : Aidioz

- Bedous : tirer le toponyme du latin betulla pose problème car les sourdes intervocaliques se maintiennent en Aspe. Une simple adaptation de la forme du XIIIème siècle - Bedos en 1267 - convient.
D'où : Bedoz

- Borce : probablement en lien avec le basque bortz=cinq. Borça en 1154.
D'où : Borza

- Cette : toponyme énigmatique, Setta en 1154, Cete en 1385. Une adaptation convient.
D'où : Zeta

- Escot : toponyme énigmatique, Scot en 1096, Ascot en 1576. Ne semble pas rapportable au gascon cout=col.
D'où : Azkota

- Etsaut : je ne crois pas du tout au fait qu'il s'agisse d'un 'saut' (forêt, du latin saltum) avec article pyrénéen.
D'abord, ce serait le premier exemple d'un macrotoponyme roman en Vallée d'Aspe. Ensuite, toutes les attestations anciennes indiquent Atsaut. Aussi je propose plutôt un composé basque Aitzalde (aitz=pierre, rocher et alde=à côté de) qui sera gasconnisé régulièrement en Atsaut, du moins la finale. En effet, le basque aitz est souvent plutôt réduit à aiz/az et donnerait Açaut/Aishaut (ce doit être l'étymologie de Achos). On peut tout à fait envisager que dans le contexte aspois, la forme avec affriquée se soit maintenue.
Sinon, on peut imaginer un collage Athe(t)zalde (athe=passage + suffixe locatif tz + alde) pour un sens de "à côté du passage", autrement dit le lieu qui commande l'accès à la Haute-Vallée d'Aspe et au Somport, un peu comme Athas en aval contrôle l'accès à la forêt d'Issaux ou Tardets (Atharratz(e) en basque) celui à la Haute-Soule.
D'où : Atzalde

- Eygun : du basque ihi=jonc + suffixe locatif -gun, Igun en 1449
D'où : Igun

- Ichère : lieu-dit sans attestation ancienne (Achère sur la carte de Cassini), prononcé localement /ay'chèro/. Probable étymologie basque à déchiffrer (sur aitz ?)
D'où : Itzera

- Jouers : du basque oihartz, composition classique de oihan=forêt + suffixe locatif -tz (comme Ogenne vient de oihana) , cf Oyharzun
D'où : Oihartz

- Léès : énigmatique.
D'où : Lez

- Lescun : étymologie basque bien identifiée, les Basques nomment d'ailleurs la commune "Laskun(e), du basque lats=ruisseau + suffixe locatif -gun (initiale assourdie après sifflante)
D'où : Laskun

- Lhers : énigmatique. Peut-être du basque leher=pin.
D'où : Lertz

- Lourdios : anciennement Ordios, toponyme basque sur urd=plateau.
D'où : Urdioz

- Orcun : du basque orki=bouleau + suffixe locatif -gun
D'où : Orkun

- Osse-en-Aspe : la forme moderne /'owso/ ainsi que les attestations anciennes (Oussa en 1196) font la preuve que l'initiale est vocalisée.
D'où : Olza

- Sarrance : l'étymologie latine proposée par Grosclaude est possible (du latin serrare=fermer + suffixe -antia) mais le toponyme peut admettre d'autres hypothèses. Dans tous les cas, adapter le toponyme convient.
D'où : Zarrantza

- Urdos : du basque urd=plateau + suffixe locatif -oz, homonyme du village bas-navarrais
D'où : Urdoz
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Béji



Inscrit le: 02 Nov 2009
Messages: 23
Lieu: Toulouse

Messageécrit le Friday 24 Dec 10, 10:34 Répondre en citant ce message   

Petite question : pourquoi passe-t-on quasi brutalement du gascon (landais ou béarnais) au basque, sans parler de transition ? Bon, peut-être que les premiers parlers basques ont peut-être plus de mots d'origines latines, encore que je n'en sais rien, mais dès qu'on a affaire à du basque écrit ou parlé, on voit bien que ce n'est plus du roman, c'est incompréhensible. Alors que s'est-il passé pour que la rupture soit assez nette ?
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Pasha



Inscrit le: 12 Oct 2006
Messages: 83
Lieu: Lemosin

Messageécrit le Friday 24 Dec 10, 10:46 Répondre en citant ce message   

Le basque était antérieur à l'invasion romaine (voir même à d'autres peuplement de la région). Du coup, les bascophones actuels descendent de ceux qui n'ont pas été romanisés. D'où la rupture net. C'est un phénomène qui a perduré dans le reste de la Gaule jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne ou apparemment des communautés celtophones existaient encore.
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Invidia



Inscrit le: 24 Jul 2008
Messages: 441
Lieu: Gasconha (França)

Messageécrit le Friday 24 Dec 10, 17:33 Répondre en citant ce message   

Les zones de transition existent mais elles relèvent plus de l'ethnologie que de la linguistique. Il existe toute une bande de pays gascons dont les habitants sont dits "charnégous", à savoir "métis" : ce sont les pays sud-landais (Orthe, Seignanx, ...) et les zones frontalières béarnaises, ainsi que les zones gasconophones du Labourd et de Basse-Navarre. Le caractère franchement mi-basque de ces régions est évident, dans l'architecture, dans les relations maritales, dans la toponymie, ... Tout simplement, ce sont les zones romanisées les plus tardivement (XVIIème siècle pour les environs de Bidache à mon avis).

Linguistiquement, il ne reste pas grand chose du basque dans le gascon de ces régions, des mots gasconnisés assez souvent, quelques traits phonétiques (par exemple le gascon de Biarritz ne se contentait pas de la mutation [f]>[h] mais faisait à la manière du basque [f]>[b] voire [p]). En fait, dès que la langue romane s'impose quelque part, il n'y a pas de retour arrière possible. Il n'y avait aucune possibilité que gascon et basque donnent naissance à un pidgin, les deux langues sont trop distinctes. Par contre, les Basques étaient souvent de parfaits gasconophones qu'ils tintaient de tournures basques aujourd'hui perdues. Il existe des théories qui expliquent le caractère vocalique distinct du gascon de la lande par l'influence basque et sa tendance à la réduction vocalique. J'y reviendrai.

Donc pour résumer, il n'y a pas civilisationnellement de frontière abrupte : c'est à peu près le même mode de vie de part et d'autre mais linguistiquement, il y a une vraie fracture, tel hameau parle gascon, tel autre basque, sachant que l'infiltration gasconne est essentiellement fluviale.

Voici la frontière linguistique sur l'Adour : La Bastide-Clairence est une création médiévale sur les landes de Hasparren qui a entraîné probablement un afflux de populations gasconnes qui ont créé une sorte de tête de pont linguistique qui s'enfonce loin en Basse-Navarre, atteignant quasiment Hasparren en Labourd. Les villages du bord de l'Adour ont eu des destinées dissemblables : Urt était depuis le Moyen-Age soumis à une forte pression romanisante, parce qu'en liaison avec le grand port de Bayonne, alors que Lahonce et Urcuit sur les hauteurs n'ont pas été gasconnisés. La fondation de l'abbaye d'Arthous qui devait évangéliser le Pays Basque depuis les environs du confluent Gave-Adour a probablement participé à la gasconnisation des environs de Bidache qui étaient encore probablement bascophones si l'on en croit les chartes de l'époque au Moyen-Age. Bardos a résisté à la gasconnisation même si au moins un tiers des habitants avaient des patronymes gascons : des implantations gasconnes au Sud de Bardos faisait du village comme une enclave. Viellenave comme son nom l'indique est une formation médiévale qui a probablement induit la romanisation.

http://farm6.static.flickr.com/5246/5261204495_7b497a62a6_b.jpg
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olentzero



Inscrit le: 08 Mar 2011
Messages: 70
Lieu: Baiona Euskal Herria

Messageécrit le Thursday 12 May 11, 10:40 Répondre en citant ce message   

(qu'Invidia, me reprenne si je me trompe dans mes interprétations).
La partie Gascophone de la rive gauche de l'Adour, parlait un dialecte gascon appelé "parlar nègre" où le -a atones finaux étaient quasiment muets et ceci se ressent (à mon sens) dans le basque parlé en Iparralde (Pays basque nord) car dans un certain nombre de mots très employésdans le dialecte navarro-labourdin comme les conjugaisons verbales :

alors qu'en batua (basque unifié) nous avons (1° ligne), en navarro-labourdin on dit avec un e atone:

gara > gare (nous sommes)
zara > zare (vous êtes)
dira > dire (ils sont)

le mot "borda" (maison de campagne) me semble venir directement du gascon puisqu'on le retrouve dans de nombreux toponymes tels que "Bordeneuve, Bordenave, etc)
Au nord, nous avons "merkatu" (marché) de "mercat", alors qu'au Sud, on emploie un mot d'origine arabe "azoka" (prononcer le z [s])
Ce sont là quelques exemples d'autres pourront me venir par la suite...

Invidia a écrit:
Citation:
En fait, dès que la langue romane s'impose quelque part, il n'y a pas de retour arrière possible.


Oui et non, car, en fait, si on fait abstraction de la pression énorme du français sur le BAB (Bayonne-Anglet-Biarritz) et sur le pays Charnegou (partie gascophone du Pays basque), le parler gascon a disparu, alors que même à Bayonne, ville historiquement de langue gasconne, l'euskara résiste (surtout dans le Petit Bayonne, autour du château-neuf), et on peut encore entendre quotidiennement parler cette langue et très souvent par des jeunes.
A part la municipalité qui a diffusé une signalisation trilingue français/basque/ gascon (avec deux graphies différentes!), il n'y a rien de semblable aux institutions et établissements de diffusion de l'euskara pour le gascon et la revendication identitaire penche vers le basque (il suffit de voir le nombre d'ikurriña sur les voitures bayonnaises).
Ici le gros effort de résistance au rouleau compresseur du français se fait par l'euskara, le gascon, quant à lui, a déjà baissé les bras.
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olentzero



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Messageécrit le Thursday 12 May 11, 12:03 Répondre en citant ce message   

Invidia a écrit:
Citation:
l n'y avait aucune possibilité que gascon et basque donnent naissance à un pidgin, les deux langues sont trop distinctes.


Mais le basque actuel, celui qu'on connait avec diverses évolutions depuis les écrits d'Etxepare (XVI° s) n'est-il pas un pidgin (ou créole) d'euskara et de roman (bas-latin,castillan, gascon)? Je doute qu'un Vascon du début de notre ère comprendrait grand-chose de l'euskara actuel tant celui-ci a emprunté aux langues romanes jusque dans ces suffixes.
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olentzero



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Messages: 70
Lieu: Baiona Euskal Herria

Messageécrit le Friday 13 May 11, 13:56 Répondre en citant ce message   

A Bayonne et à Anglet, la signalisation est trilingue (français/basque/gascon), mais à Biarritz, ville pourtant historiquement gascophone, elle aussi, ell n'est plus que bilingue (français/basque) et l'essentiel (sinon la totalité) des efforts de la municipalité biarote en matière de politique linguistique se fait au bénéfice de l'euskara.
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