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malacologie, mollusque (français) - Le mot du jour - Forum Babel
malacologie, mollusque (français)

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Auteur Message
Xavier
Animateur


Inscrit le: 10 Nov 2004
Messages: 4055
Lieu: Μασσαλία, Prouvènço

Messageécrit le Wednesday 15 Jul 09, 17:41 Répondre en citant ce message   

La malacologie, c'est la science qui étudie les mollusques.
Terme découvert dans le titre d'un livre :
Histoire malacologique du lac Balaton en Hongrie

Le mollusque est un animal invertébré qui présente un corps mou (d'où son nom, du latin mollis > français : mou, molle) et une coquille
(par exemple coquille saint Jacques, escargot...)

Le terme malacologie est emprunté au grec (comme pratiquement tous les noms des sciences) μαλακός (malakos) : mou.

En grec moderne : μαλάκια
En allemand : Weichtier (weich : mou & Tier : animal)

Quelques mots tirés du Bailly :
μαλακίον (malakion) : homme mou, efféminé (on pourrait dire en français : mollasson)
μαλακόφωνος : qui a la voix douce (une standardiste malacophone)


En français, dans un style littéraire, on trouve mollusque dans le sens de mollasson, personne sans volonté, sans énergie :
Ce sont ces gens-là qui me font horreur : ces bourgeois, ces mollusques, ces êtres inertes qui, par leur apathie, empêchent le développement, la réussite de l'Idée (Maurice Barrès).

Pour le terme mou, notons aussi l'emploi de mol (guère usité aujourd'hui) devant une voyelle, notamment.
comme fou/fol (ou encore beau/bel)
On dit cependant : un bel homme ; mais : un homme fou (et non un fol homme)
un homme mou (et non un mol homme)

On dit aussi du langage, qu'il est mol et affecté, quand on choisit certains mots doucereux, et quand on les prononce d'un ton languissant et effeminé (Antoine Furetière)

Le "mol de la jambe", c'est ce que nous appelons aujourd'hui le mollet.
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Papou JC



Inscrit le: 01 Nov 2008
Messages: 11048
Lieu: Meaux (F)

Messageécrit le Monday 11 May 15, 11:13 Répondre en citant ce message   

Le lien sémantique entre les deux mot-titres est évident, indiscutable.
Il n'en est pas de même de leurs origines.

À l’instar de Pokorny, l’étymologiste américain Calvert Watkins place μαλακός [malakós] « doux, mou » (> malacologie et aussi malaxer) aux côtés du latin mollis « id. » (> mou, mollusque) sous la racine indo-europénne *mel- « doux ». À l’article mallet, on lira que son compatriote Douglas Harper (sur son site Etymonline) lui emboîte le pas, tout en oubliant d’inclure le latin mollis dans sa longue liste de cognats :

late 14c., from Old French maillet "mallet, small wooden hammer, door-knocker," diminutive of mail, from Latin malleus "a hammer," from PIE *mal-ni-, from root *mel- (1) "soft," with derivatives referring to softened material and tools for grinding (cognates: Hittite mallanzi "they grind;" Armenian malem "I crush, bruise;" Greek malakos "soft, "mylos "millstone;" Latin molere "to grind," mola "millstone, mill," milium "millet;" Old English melu "meal, flour;" Albanian miel "meal, flour;" Old Church Slavonic meljo, Lithuanian malu "to grind;" Old Church Slavonic mlatu, Russian molotu "hammer").

Côté français, on se montre plus prudent. À l’article μαλακός, Chantraine ne fait qu’évoquer un possible rapprochement avec mollis, et à l’article mollis Ernout et Meillet ne pipent pas mot de μαλακός.

Chantraine est placé devant une double difficulté :
• comment rattacher μαλακός à d’autres mots du domaine indo-européen ? Il semble que ce ne soit pas aussi facile que le pensent les Anglo-saxons.
• comment rattacher à μαλακός son synonyme μαλθακός [malthakós], dont les Anglo-saxons se gardent bien de parler ?

Comme souvent en pareil cas, il peut être éclairant de se tourner vers le sémitique.

Il existe un verbe arabe ملك malaka qui a le sens de “pétrir comme il faut la farine, la pâte, et lui donner de la mollesse”. Loin d’être isolé en arabe, ce verbe fait partie d'une série de synonymes ou parasynonymes construits sur la paire consonantique l-k ou k-l, ou – pour parler dans les mêmes termes que Georges Bohas –, sur l’étymon réversible {k,l}. Qu’on en juge :

بكل bakala pétrir
دكل dakala pétrir
كربل karbala mêler, mélanger
لبك labaka mêler, pétrir, brouiller, embrouiller
لكّ lakka mêler, mélanger, brouiller
لمك lamaka pétrir

Dans ces conditions, il ne faudrait pas s’étonner que le grec μαλακός soit d’origine sémitique.
Quant au rattachement de μαλθακός à μαλακός, il ne surprendra personne dans le cadre sémitique où le θ épenthétique apparaît comme un possible infixe de la forme VIII. Auquel cas le μ initial n’aurait pas forcément le même statut dans l’un et l’autre mots :
– il pourrait être radical dans μαλακός, comme l’est le mim de ملك malaka,
– et un préfixe de participe dans μαλθακός, comme l’est le mim de ملتكّ multakk, comprimé, resserré, compact, participe passif de la forme VIII de لكّ lakka.
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Papou JC



Inscrit le: 01 Nov 2008
Messages: 11048
Lieu: Meaux (F)

Messageécrit le Wednesday 13 May 15, 12:44 Répondre en citant ce message   

Versé au dossier : Un ami helléniste me dit ceci : Chantraine, dans La formation des noms en grec ancien, p. 384, est plus loquace. Il pose un suffixe -akos (cf φάρμακον médicament, φαρμακός magicien, ἀστακός homard). Cela conduit aussi au rapprochement avec άμαλός.

Dernière édition par Papou JC le Sunday 05 Dec 21, 12:05; édité 1 fois
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Papou JC



Inscrit le: 01 Nov 2008
Messages: 11048
Lieu: Meaux (F)

Messageécrit le Sunday 05 Dec 21, 11:30 Répondre en citant ce message   

Citation:
Il existe un verbe arabe ملك malaka qui a le sens de “pétrir comme il faut la farine, la pâte, et lui donner de la mollesse”. Loin d’être isolé en arabe, ce verbe fait partie d'une série de synonymes ou parasynonymes construits sur la paire consonantique l-k ou k-l, ou – pour parler dans les mêmes termes que Georges Bohas –, sur l’étymon réversible {k,l}

Les années portent conseil. Il existe une autre possibilité, que je crois meilleure, c'est la racine ملق mlq dont le substantif ملق malaq signifie "sol uni et doux", et le verbe إمتلق imtalaqa "être de surface unie et doux au toucher".
Auquel cas il semble bien que la séquence radicale porteuse du sens est, comme souvent, la première, à savoir ML, et ce dans les deux racines mlq et mlk. Et dans d'autres racines (mld, mls, mlṭ,...)
Cette hypothèse sémitique sera à confirmer lorsque paraîtra le fascicule M du dictionnaire des racines sémitiques. Car ce n'est évidemment pas de l'arabe que vient le grec.

Où l'on voit une coïncidence intéressante avec la racine indoeuropéenne *mel-...

Voir malgu (basque).
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Cligès



Inscrit le: 18 Jul 2019
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Messageécrit le Monday 06 Dec 21, 13:48 Répondre en citant ce message   

La formation de μαλακός me semble pourtant simple :

*m°l-ə2-k-o-s

1° La racine *mel est au degré réduit, de même que le suffixe primaire. La présence successive de deux éléments au degré réduit ne constitue une anomalie qu'en apparence (voir la théorie de Benveniste dans Monteil, Éléments de phonétique et de morphologie du latin, Nathan, pp. 128-129).

2° Le point d'appui vocalique dans le groupe -ml- est régulièrement [a] en grec ([o] en latin, cf. mollis < *m°l-d-w-y-s).

3° La sonante ə2, placée entre consonnes, se vocalise en prenant régulièrement le timbre [a].

On a de même βλάξ "mou", "indolent", "paresseux" < *ml-eə2-k-s (épenthèse en [b], disparition consécutive du [m] initial),
et ἀμαλός, avec une prothèse, cas fréquent dans les formations brèves commençant par une liquide.


Dernière édition par Cligès le Monday 06 Dec 21, 16:09; édité 1 fois
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Papou JC



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Messageécrit le Monday 06 Dec 21, 16:09 Répondre en citant ce message   

Ah très bien. Exit donc l'hypothèse sémitique.

Et μαλθακός ?
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Cligès



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Messageécrit le Monday 06 Dec 21, 16:41 Répondre en citant ce message   

Non, ce n'est pas une preuve absolue ; je dis simplement que la formation du mot semble simple, et je le justifie.

Pour μαλθακός, on peut poser un autre suffixe (cf. Pokorny 718) :

*m°l-dh-(ak-o-s) , cf. v. irl. meth, skr mr̥dhati, "céder" et peut-être lat. mitis (en revanche, je ne citerais pas ici le r. милый, comme Chantraine).

Ici, le suffixe ak-o-s serait récent, l'adjectif étant un dénominatif.
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Papou JC



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Messageécrit le Monday 06 Dec 21, 19:40 Répondre en citant ce message   

Les preuves absolues ne sont pas fréquentes en étymologie, elles sont plutôt exceptionnelles.
Qui sait si nous n'avons pas affaire ici à des mots hybrides ? Les langues sont expertes en acclimatation au point qu'il est souvent difficile de reconnaître des emprunts.
On peut au moins retenir de ce fil la coïncidence IE *mel- // sém. ML. Coïncidence ou vieille parenté se perdant dans la nuit des temps ?
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Cligès



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Messageécrit le Monday 06 Dec 21, 20:50 Répondre en citant ce message   

Je voulais simplement souligner que je n'étais pas étymologue...
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Papou JC



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Messageécrit le Monday 06 Dec 21, 21:27 Répondre en citant ce message   

Qui l'est alors ? L'étymologie n'est pas - que je sache - une discipline officielle, enseignée à l'université, c'est une occupation d'amateurs et de quelques linguistes.
Il est certain que connaître les mécanismes phonétiques de l'indoeuropéen permet de faire des hypothèses plus solidement argumentées et devant lesquelles, personnellement, je m'incline.
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Cligès



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Messageécrit le Tuesday 07 Dec 21, 10:31 Répondre en citant ce message   

Qui l'est ? Des philologues qui ont beaucoup plus de savoir et d'intuition que moi.
Tout ce que je peux dire, c'est si telle forme est compatible ou non avec l'étymon proposé sans que cela constitue une preuve à cause des apparences parfois trompeuses.

L'intuition des grands philologues est parfois stupéfiante : je me souviens de tel texte d'Aristote dans lequel les éditeurs du XIXème siècle tombaient sur un locus desperatus ancien, puisque aucun manuscrit ne proposait de leçon intelligible. Un savant a alors proposé une conjecture qui s'est avérée exacte une fois découvert un manuscrit arabe du texte en question. Ce n'est pas de l'étymologie, certes, mais c'est comparable.

Il faudrait que je pense à me présenter, du reste. Je pense que c'est plus efficace une fois un peu "connue" la personne.
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