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ἠλέκτωρ [ēléktōr] (grec : ancien) / électron (français) - Le mot du jour - Forum Babel
ἠλέκτωρ [ēléktōr] (grec : ancien) / électron (français)

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Outis



Inscrit le: 07 Feb 2007
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Lieu: Nissa

Messageécrit le Tuesday 26 Feb 19, 11:07 Répondre en citant ce message   

Hyperion (grec Ὑπερίων), autant dire « Suprême », est chez Homère une appellation du Soleil, chez Hésiode il est un Titan qui en est le père ainsi que celui de la Lune et de l'Aurore. Homère le qualifie de ἠλέκτωρ [ēléktōr] « radieux, rayonnant » :
Homère, Iliade, XIX, 387 a écrit:
ὄπιθεν δὲ κορυσσάμενος βῆ Ἀχιλλεὺς τεύχεσι παμφαίνων ὥς τ᾽ ἠλέκτωρ Ὑπερίων, σμερδαλέον δ᾽ ἵπποισιν ἐκέκλετο πατρὸς ἑοῖο:
Bardollet, traducteur a écrit:
Achille, qui s'était équipé, vint derrière lui, tout brillant dans ses armes, comme l'astre étincelant d'Hypérion ;

La même image est aussi appliquée à Pâris (VI, 513) et enfin, à une autre occasion, le meurtre de Python par Apollon où le Dieu demande au Soleil de faire pourrir le cadavre, on retrouve la même qualification, « radieux Hypérion » [ἠλέκτωρ Ὑπερίων] (Homère, Hymne III, 369).

Et c'est tout pour ἠλέκτωρ, à part chez Empédocle (-Ve s.) pour qui le mot représentera le feu dans une énumération poétique des quatre éléments : ἠλέκτωρ τε χθών τε καὶ οὐρανὸς ἠδὲ θάλασσα « et le Radieux et la Terre, et le Ciel et la Mer » (cité par Simplicius).

Mais sur ce mot a été formé dès Homère un nom, ἤλεκτρον ou ἤλεκτρος (genre indéterminable) [ēléktron/ēléktros] qui désigna deux matières ayant plus ou moins la couleur et l'éclat du Soleil :

• l'alliage d'or et d'argent dont les latins emprunteront le nom, electrum ;

• l'ambre, résine fossilisée dont les propriétés électrostatiques connues dès l'Antiquité ont conduit à la découverte de l'électricité. Suivit l'électron, d'abord un petit grain qui, se déplaçant dans les métaux, créait le courant électrique et qui fut reconnu ensuite comme un constituant de l'atome. Enfin, apprenant à jouer plus finement avec ces petites bêtes, on a développé l'électronique et ça n'est pas près de s'arrêter …
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Papou JC



Inscrit le: 01 Nov 2008
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Messageécrit le Friday 01 Mar 19, 19:21 Répondre en citant ce message   

Et l'on ne sait rien des origines de ce bel ἠλέκτωρ [ēléktōr] ?
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Outis



Inscrit le: 07 Feb 2007
Messages: 3035
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Messageécrit le Sunday 03 Mar 19, 19:11 Répondre en citant ce message   

En sanskrit, le masculin arkaḥ semble recouvrir plusieurs synonymes. Des deux entrées du KEWA, je mets à part celle qui est définie par « Calotropis gigantea », l'autre est ainsi définie :
arkaḥ m. Strahl, Sonne, Feuer, Lied / ray, sun, fire, hymn, song. [rayon, soleil, feu, hymne, chanson].
Le MW, lui, mélange tout et élargit le champ des significations :
arka, as, m. (fr. rt. arc), a ray, flash of
lightning; the sun; fire; crystal; copper; a N. of
Indra; Sunday; membrum virile; N. of the plant
Calotropis Gigantea; a religious ceremony; praise,
hymn; praising; a singer; a learned man; an elder
brother; food
.
Même en tenant compte du goût immodéré de la poésie indienne pour les métaphores, on voit assez bien trois champs de délimiter :
• une plante précise (aux vertus toxiques et médicinales), Mayrhofer considère que le mot est tout à fait d'origine dravidienne (tamil erukku, kannada erke) ;
• un hymne : là, on ne saurait séparer ce nom du bien connu ṛc « hymne » dont la collection forme le Ṛg-veda « connaissance des hymnes » ;
• un rayon de soleil.

Les Indiens comme les érudits occidentaux (Whitney, Roots) regroupent les deux derniers sous une unique racine, ARC-, ṚC- « shine, praise » mais les deux sens ne concourent guère que dans le causatif arcayati « faire briller, honorer ».

S'agit-il de deux spécialisations d'un thème plus ancien ? d'une synonymie résultat d'une convergence phonétique ?
À défaut de trancher, je me contenterai prosaïquement de n'étudier que le seul sens arcati « il brille comme un soleil », comme, par exemple, dans un hymne védique:
Ṛv. 3, 44, 2 a écrit:
haryann uṣasam arcayaḥ sūryaṃ haryann arocayaḥ
Citation:
par amour tu fais briller l'Aurore, le Soleil par amour tu as fait briller
(le second verbe dépend d'une autre racine : RUC-, rocate « briller » < *leu-k-)

Quelle pourrait être la forme eurindienne à l'origine ARC-, arcati ?
Le a initial pourrait reposer sur *e, *o ou *h₂, le r qui suit sur *l ou *r, le c sur *k. Impossible de le déterminer sans cognat dans au moins une ou deux autres langues.
On en aurait bien un, puisque « brillant comme le Soleil » se dit en grec ἠλέκ-τωρ [ēlék-tōr], s'il n'y avait la difficulté phonétique de la longue initiale. Mais d'où sort-elle donc cette longue ?

À examiner le vers cité plus haut, on s'aperçoit qu'il est impossible dans la métrique homérique de scander le segment ὥς τ᾽ ἠλέκτωρ (——|——) avec un e au lieu d'un ē. Tout laisserait donc supposer qu'il n'y a chez Homère qu'un allongement métrique.
Et, en Iliade VI, 513 c'est le même segment ὥς τ᾽ ἠλέκτωρ que nous trouvons. Et, dans l'Hymne à Apollon, 369, c'est le segment καὶ ἠλέκτωρ qui pose exactement le même problème !
Voilà pour les trois attestations homériques. Le site Perseus ne me donnant pas accès aux attestations ultérieures, je ne saurais en dire plus mais ce n'est pas si grave car, le mot étant d'emploi assez rare, on peut toujours supposer que le respect dû à Homère a pu propager une longue non étymologique.
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Papou JC



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Messageécrit le Monday 04 Mar 19, 0:59 Répondre en citant ce message   

Y a-t-il une chance quelconque que le radical de ce mot, malgré son suffixe typiquement grec, puisse être un emprunt à une langue sémitique ?
Sinon, un étymologiste du dimanche le rapprocherait de ἥλιος [helios] "soleil" en se disant que la longue initiale du supposé dérivé est peut-être une trace de l'aspiration disparue ? Ce sont des choses qui arrivent dans certaines langues.
Ou le contraire : l'abrègement d'une voyelle longue compensé par l'addition d'un h. D'après un ami bon connaisseur des langues sémitiques, lui, la forme la plus ancienne de 'ilah "dieu" est 'īla.
Et ce dieu-là était probablement le soleil.
J'ajouterais bien quelque chose mais je préfère attendre ta réaction sur ce point.


Dernière édition par Papou JC le Monday 04 Mar 19, 9:03; édité 1 fois
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Outis



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Messageécrit le Monday 04 Mar 19, 9:00 Répondre en citant ce message   

Les seuls critères à ce type d'élucidation étant de trouver une liquide suivie d'une occlusive gutturale, avec un sémantisme positif, je suis persuadé qu'en piochant de l'akkadien à l'arabe, il doit y avoir foison de racines sémitiques qui pourraient convenir. Maintenant, ce que ça aporterait …
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Papou JC



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Messageécrit le Monday 04 Mar 19, 9:07 Répondre en citant ce message   

"Ce que ça apporterait" ? Je pensais qu'un passionné d'histoire des religions s'intéresserait à de probables échanges de dieux entre communautés différentes par les moeurs et les langues.
Qu'est-ce ça apporte de plus d'aller laborieusement piocher dans le sanskrit ?
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Outis



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Messageécrit le Monday 04 Mar 19, 9:16 Répondre en citant ce message   

Papou JC a écrit:
… le rapprocherait de ἥλιος [helios] "soleil" en se disant que la longue initiale du supposé dérivé est peut-être une trace de l'aspiration disparue ? […]
Ou le contraire : l'abrègement d'une voyelle longue compensé par l'addition d'un h.

Hélas, cette belle imagination se heurte au fait qu'on connaisse très bien l'étymologie de ἥλιος : < *seh₂-w-el- (lat. sol, skr. svar, sūrya).

En revanche, ton idée apporte un point très intéressant : un rapprochement fallacieux avec ἥλιος fait par les auteurs grecs postérieurs a pu contribuer à maintenir la longue métrique d'Homère dans ἠλέκτωρ.
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Papou JC



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Messageécrit le Monday 04 Mar 19, 10:11 Répondre en citant ce message   

Je connaissais l'étymologie de ἥλιος, merci, mais je me demandais quels étaient les obstacles insurmontables qui interdisaient un rapprochement de ἠλέκτωρ vers ἥλιος. Il me semble que c'est une question légitime venant d'un Babélien moyen. Peut-être aurait-il été plus pédagogique de commencer par là.
(Le Babélien moyen aura noté au passage qu'Outis suppose quand Papou imagine. Nuance !)
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Papou JC



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Messageécrit le Monday 04 Mar 19, 10:31 Répondre en citant ce message   

Outis a écrit:
Les seuls critères à ce type d'élucidation étant de trouver une liquide suivie d'une occlusive gutturale, avec un sémantisme positif, je suis persuadé qu'en piochant de l'akkadien à l'arabe, il doit y avoir foison de racines sémitiques qui pourraient convenir.

"Foison", c'est beaucoup dire, mais il y a au moins celle-ci : ألق ʾalaqa briller (éclair) (Voir Emmanuel et Cie)
Au participe actif, آلق ʾāliq brillant, avec une longue au début. Pour faire bonne mesure.
(La racine est le résultat d'un croisement d'étymons synonymes : {ʾ,l} x {l,q} briller.)

NB : C'est une pièce versée au dossier, non l'affirmation qu'il y a un rapport quelconque avec notre mot du jour.
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Outis



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Messageécrit le Monday 04 Mar 19, 11:36 Répondre en citant ce message   

Papou JC a écrit:
quels étaient les obstacles insurmontables qui interdisaient un rapprochement de ἠλέκτωρ vers ἥλιος
L'esprit, mon bon monsieur, l'esprit tout simplement !
Puisque vous dites connaître l'étymologie de ἥλιος — que je ne rappelais pas à votre érudite attention mais à celle du babélien moyen —, vous auriez pu remarquer le s initial de *seh₂-w-el- …

Quant à ألق ʾalaqa briller (éclair) et آلق ʾāliq brillant, c'est très probablement (sic) un emprunt au grec …
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Papou JC



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Messageécrit le Monday 04 Mar 19, 12:04 Répondre en citant ce message   

(Bof... MDR. Tu ne peux pas t'en empêcher, hein ? J'ai eu beau prendre des précautions, rien n'y fait.)

Je sais lire, mon bon monsieur : "avec psilose et sans contraction... avec ou sans aspirée". (Chantraine, premier paragraphe de la notice consacrée à ἥλιος.) Qu'est-ce qui prouve que le mot du jour n'est pas dérivé d'une de ces variantes ? L'absence d'une variante "décontractée" de ἠλέκτωρ ? (en supposant que le initial puisse être le résultat d'une contraction, si tant est que ce soit possible ou attesté ailleurs.)
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