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Le phrygien - Arbre des langues - Forum Babel
Le phrygien

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Outis
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Inscrit le: 07 Feb 2007
Messages: 2693
Lieu: Nissa

Messageécrit le Tuesday 16 Sep 08, 16:51 Répondre en citant ce message   

Le phrygien

Les Phrygiens

La Phrygie occupait, à l'intérieur des terres, le Nord-Ouest de la péninsule Anatolienne. C'est vraisemblablement un peu après la chute de l'empire Hittite au XIIe siècle que des populations qui s'appelaient peut-être elles-mêmes Bryges ou Briges et que les Grecs appelaient Phrúges s'y installèrent en venant des Balkans et lui donnèrent ainsi le nom qu'elle a plus ou moins conservé dans l'Antiquité, bien que passant successivement sous la domination des Lydiens, des Perses, des Grecs, des Galates, de Pergame et des Romains. La capitale en était Gordion, célèbre par son « nœud » qui fut tranché par Alexandre.

Homère en fait des alliés des Troyens (avec des mariages mixtes) et ils sont ensuite parmi les Barbares les mieux connus des Grecs. Une comédie d'Aristophane met en scène un esclave nommé le « Phrygien » et Ésope, le mythique auteur des Fables, était réputé venir de cette contrée.
Mais il est vrai que, dès le IIIe siècle, le mot « Phrygien » était devenu générique pour désigner les habitants de l'Anatolie (Callimaque l'emploie pour les Troyens de l'épopée).

Plusieurs légendes, rapportées par des mythographes tardifs, mettent en scène un roi de Phrygie, Midas.
- Élève d'Orphée, et donc expert musical, il fut arbitre du concours entre Apollon et le satyre Marsyas, ce qui lui valut de recevoir du dieu des oreilles d'âne pour avoir préféré la flûte du satyre à la lyre du dieu.
Cette difformité n'était connue que de son seul coiffeur et celui-ci souffrait de ne pouvoir dire un tel secret. Pour se libérer de ce poids, il creusa un trou dans le sol auprès d'une rivière, y murmura la chose et reboucha le trou. Mais les roseaux poussèrent, et ils chantèrent dans le vent, ils chantaient : « Midas, le roi Midas, le roi a des oreilles d'âne ».
- Récompensé par Dionysos pour avoir pris soin de Silène ivre et recevant de lui un don libre, Midas demanda que tout ce qu'il toucherait devienne de l'or. Les difficultés de la vie quotidienne le conduisirent bientôt à supplier pour l'annulation du don ! Dionysos lui dit alors d'aller se laver dans une rivière voisine, le Pactole : le don disparut et, depuis, la rivière charrie de l'or.

En fait, Midas était, avec Gordias, un des deux noms portés en alternance par les rois de Phrygie et on en trouve peut-être une référence dans les Annales assyriennes où Sargon II aurait soumis en -709 un « Mita, roi des Muskis ».

Histoire du phrygien

En dehors de quelques gloses des auteurs grecs, le phrygien nous est surtout connu par l'archéologie avec deux groupes d'inscriptions (environ 200 chacun, beaucoup très courtes) qui ne sont pas toutes comprises :

- de la fin du VIIIe siècle jusqu'au IIIe, le paléo-phrygien, inscrit dans un alphabet d'origine phénicienne, directe ou indirecte (la filiation des alphabets grecs archaïques et paléo-phrygiens est objet de débats) ;

- au début de notre ère, après une éclipse de trois siècles probablement due aux aleas de l'archéologie, le néo-phrygien, inscrit avec l'alphabet grec ; des correspondances simples assurent qu'il s'agit bien de la même langue, légèrement évoluée.

Le phrygien s'éteint ensuite rapidement, sans héritiers. Le dernier coup lui est peut-être porté par les invasions arabes du VIIe siècle mais, de toute façon, il n'était plus attesté depuis deux siècles.

Nature du phrygien

Il s'agit sans conteste d'une langue eurindienne mais, en dépit de son environnement, n'appartenant pas au groupe des langues anatoliennes. Tout au plus peut-on constater quelques emprunts de vocabulaire hittito-louvites mais on rencontre aussi des emprunts au grec :
- [s]a soroi « à cette urne » < grec sorós « urne funéraire »
ou au celtique (galate) :
- totos / teutous « peuple, cité ? » < *teutā « tribu ».

Sur le fond, le caractère eurindien de la langue est attesté par de bonnes correspondances, tant lexicales que grammaticales :

- « mère » > nom. matar, acc. materan, dat. materey
- meka « grand » (grec megas, arménien metz, skr. maha-)
- zamelon « esclave » (grec khamêlos « qui est à terre, bas, vulgaire », lat. humilis « près du sol, humble »)
- anar « mari » (grec anêr, skr. nara-)
- pronom indéfini masc. kos, neut. kin (skr. interrogatif kas, kim)
- etc.

Position du phrygien

Le phrygien semble a priori isolé. Il ne partage que peu d'isoglosses avec les langues anatoliennes et aucune n'est exclusive.

L'idée d'un groupe thraco-phrygien (Kretschmer) est aujourd'hui abandonnée, entre autres raisons parce que le thrace et les langues apparentées (dace, mésien) semblent bien de type satem alors que le phrygien est du type centum.

Les concordances grammaticales avec le grec sont bien meilleures avec plusieurs isoglosses exclusives :
- désinence -s au nom. sing. des masculins en a long ;
- suffixe participial -meno ;
- pronom auto- « même » ;
- conjonction ai « si » (en grec, dorien et éolien).

Et, non exclusives mais rares :
- pronom relatif ios (grec hos, skr. yas);
- utilisation de l'augment comme marque du passé :
eberet « il porta » (grec épheret, skr. abharat).

Enfin, on en a déjà vu plus haut, de bonnes concordances lexicales, auxquelles on peut ajouter la dédicace figurant sur le monument dit « Tombeau de Midas » :

Midai lavagtaei vanaktei « à Midas, chef de l'armée et prince »,

qui aurait été en grec classique Mída(i) lagéta(i) ánakti et, déjà en mycénien, mi-da ra-wa-ke-ta wa-na-ke-te (les deux premiers datifs masqués par les conventions graphiques du Linéaire B).

On pourrait donc assez raisonnablement parler d'un groupe gréco-phrygien (sans en exagérer non plus la portée : en dépit de notre bonne connaisssance du grec, les inscriptions longues en phrygien nous restent encore obscures …) qui prendrait place dans une nébuleuse du Sud-Est, grec et phrygien étant seuls conservateurs avec l'arménien des laryngales initiales sous forme vocalique (anar « mari » < *h2nêr), seuls utilisateurs avec l'arménien et le sanskrit de l'augment comme marque du passé.

Il est d'ailleurs curieux de constater que ces deux traits sembleraient marquer un certain goût pour les initiales vocaliques qui se retrouve aujourd'hui partiellement en Turquie :
- grec Konstantinopolis devenu, après chute des syllabes atones, Stamboul a donné en turc Istanbul ;
- Smyrne > Izmir, etc.
Pure coïncidence ou effet de substrat sur la « (très) longue durée » ?
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gilou
Animateur


Inscrit le: 02 Jan 2007
Messages: 1530
Lieu: Paris et Rambouillet

Messageécrit le Tuesday 16 Sep 08, 17:46 Répondre en citant ce message   

Il y a en turc une contrainte phonétique qui interdit plus d'une consonne en début de syllabe.
On a donc soit adjonction d'une voyelle pour scinder un tel groupe consonantique:
- soit en tête: Stamboul -> Istambul, Station -> Istasyon
- soit entre les deux consonnes: Speaker -> Sipiker, Psychologie -> Pisikoloji
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JeanClaude



Inscrit le: 10 Jan 2007
Messages: 27
Lieu: REIMS

Messageécrit le Tuesday 23 Dec 08, 23:57 Répondre en citant ce message   

Outis a écrit:
Homère en fait des alliés des Troyens (avec des mariages mixtes) et ils sont ensuite parmi les Barbares les mieux connus des Grecs.

Sait-on quelque chose sur la langue des Troyens contemporains des royaumes mycéniens ?
En particulier, pourrait-elle être liée au phrygien ?
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Outis
Animateur


Inscrit le: 07 Feb 2007
Messages: 2693
Lieu: Nissa

Messageécrit le Wednesday 24 Dec 08, 9:28 Répondre en citant ce message   

La langue des Troyens d'Homère est le grec.

Si tant est que l'on puisse identifier avec le mythe troyen la ville fouillée par Schliemann, et que celle-ci soit la ville mentionnée dans un traité de Muwatalli II sous le nom de Wilusa (=? Ἴλιος « Ilion »), le grec reste aussi une bonne hypothèse dans la mesure où le nom de son souverain, Alaksandu, semble une transposition en hittite du grec Ἀλέξανδρος « Alexandre », un anthroponyme banal avec un sens clair en grec : « qui protège les hommes ».

Pour ce qui est du dialecte, on pourrait penser à l'éolien par divers indices :
- proximité géographique du lesbien (éolien) ;
- importance dans le mythe d'un héros d'origine thessalienne (éolien) comme Achille ;
- éolismes de la langue d'Homère qui pourraient n'être qu'une « couleur locale ».

Des conflits entre Éoliens pour le contrôle des Détroits pourraient avoir servi de localisation à une épopée dont d'autres éléments seraient d'origine laconienne (Agamemnon, Hélène) et/ou argienne (Mycènes). Tout ça reste en partie obscur.

Si l'on voulait interroger l'archéologie, il faudrait bien percevoir que, en l'absence d'inscriptions, l'association d'une culture matérielle et d'une langue (reconstruite ou connue plus tardivement) ne peut être qu'une hypothèse. Même si les fouilles de Hissarlik avaient révélé du matériel de type phrygien (ce que j'ignore), ça ne prouverait pas grand chose …
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JeanClaude



Inscrit le: 10 Jan 2007
Messages: 27
Lieu: REIMS

Messageécrit le Wednesday 24 Dec 08, 11:38 Répondre en citant ce message   

Merci de votre réponse.
Est-ce que les noms des Troyens donnés par Homère (Priam, Hector, Cassandre, etc) peuvent nous aider dans cette recherche ?
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Alexandre



Inscrit le: 27 Sep 2008
Messages: 56
Lieu: Marly le Roi

Messageécrit le Wednesday 24 Dec 08, 12:40 Répondre en citant ce message   

J'ai lu il y a quelques années qu'on venait (à l'époque) de découvrir des inscriptions en louvite sur le site de Troie. Fidèles à leurs habitudes, les archéologues en avaient déduit - peut-être un peu vite - que les Troyens parlaient louvite.
Si quelqu'un connaît les références de ces fouilles...
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dubsar
Animateur


Inscrit le: 07 May 2007
Messages: 448
Lieu: Altkirch (F68)

Messageécrit le Tuesday 06 Jan 09, 19:38 Répondre en citant ce message   

Voilà un article sur le sujet :

Titre du document / Document title
Emar und Troia : Zur Verbreitung hethitischer Hieroglyphensiegel = Emar et Troie : A propos de la diffusion de sceaux hittites à hiéroglyphesEmar and Troy : About the Diffusion of Hittite Hieroglyphic Seals
Auteur(s) / Author(s)
JABLONKA Peter (1) ;
Affiliation(s) du ou des auteurs / Author(s) Affiliation(s)
(1) Institut für Ur-und Frühgeschichte und Archäologie des Mittelalters Universität Tübingen Schloss, 72070 Tübingen, ALLEMAGNE
Résumé / Abstract
A Emar et à Troie, ont été découverts depuis quelques années des sceaux biconvexes en métal portant une inscription en hiéroglyphes louvites. Les objets en métal étant refondus et leur matière réemployée une fois leur usage perdu, il est probable que les sceaux de Troie aient été utilisés et qu’ils n’aient pas été transportés sans raison. Dans l’Anatolie occidentale de l’âge du Bronze, il y avait des sceaux et des écrits mais aucun élément témoignant d’une administration omniprésente, ils étaient utilisés par un petit nombre de personnes dans des occasions limitées. Les sceaux biconvexes peuvent être datés du Nouvel Empire Hittite, sans doute peu de temps avant la chute de l’Empire. Il y avait à cette époque des contacts politiques entres les Hittites et les populations anatoliennes occidentales, y compris le pays de Wilusa, dont la capitale peut peut-être être identifiée à Troie. La découverte de sceaux et d’inscriptions témoigne de l’engagement hittite en Anatolie occidentale, qui est corroboré par d’autres sources. Il y a deux chemins possibles pour la diffusion des sceaux et autres témoignages archéologique entre Troie et les Hittites, d’une part les rives méridionales de la mer de Marmara et la région de Eskisehir, d’autre part la route maritime longeant Chypre, la Cilicie et la côte levantine.
Revue / Journal Title
Baghdader Mitteilungen ISSN 0418-9698

(Trouvé sur CAT-INIST, mais on est hors sujet avec le phrygien)
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José
Animateur


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10761
Lieu: Lyon

Messageécrit le Tuesday 28 May 13, 13:00 Répondre en citant ce message   

Lire le MDJ phrygien.
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sakis



Inscrit le: 18 Oct 2015
Messages: 3
Lieu: Charleroi

Messageécrit le Sunday 18 Oct 15, 19:43 Répondre en citant ce message   

J'aimerais aborder un problème de classification au sujet du supposé "type Phrygien" de certaines langues et dialectes partiellement écrites.
Celle qui m'interpelle le plus est la classification que l'on a fait de l'ancien Macédonien. J'ai loué il y a peu un livre de Serge Métais : "l'histoire des albanais, des illyriens à l'indépendance du Kosovo". Pour M. Métais, la langue des anciens macédoniens serait un dialecte de type Phrygien.

Dans ses arguments, il évoque la confuse branche familiale "Helléno-Phrygienne", ainsi que l'implantation des Bryges qui, avant la migration de la plus grande partie vers l'Asie Mineure (qui donna naissance à la nation Phrygienne), aurait occupé la majeur partie de la Macédoine jusqu' à Dyrrachion.

Et pour appuyer ses dires, il affirme dans son livre qu'un "grand nombre de spécialistes du grec et des langues anatoliennes seraient d'accord", mais il n'a cité aucune sources qui pourrait étayer cette thèse.
Personnellement, c'est la première fois que j'entend ça. Des débats autour de la classification du macédonien ont bien éclaté, mais je n'ai jamais lu nulle part d' une ascendance Phrygienne du Macédonien par aucuns linguistes et historiens.

Une participation serait utile afin d'éclaircir l'horizon.
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Alexandre



Inscrit le: 27 Sep 2008
Messages: 56
Lieu: Marly le Roi

Messageécrit le Monday 19 Oct 15, 7:36 Répondre en citant ce message   

Pour le rapprochement entre le grec et le phrygien, reporte-toi plus haut dans la page, dans le premier message.

Pour le rapprochement du macédonien et du grec, il suffit de regarder les textes macédoniens (il y a eu une exposition à Paris il y a quelques mois) : c'est essentiellement du grec dorien, avec quelques probables emprunts de substrat à une langue proche, si ce n'est un simple jeu de variantes locales.
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sakis



Inscrit le: 18 Oct 2015
Messages: 3
Lieu: Charleroi

Messageécrit le Monday 16 Nov 15, 13:10 Répondre en citant ce message   

Merci beaucoup. Toutefois, j'aimerais présenter deux modèles d'arbre linguistique de la famille des langues grecques où chacun de ses modèles placeraient les dialectes Macédono-aitoliennes l'un dans le groupe grec, l'autre dans le groupe Phrygien ...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_hell%C3%A9niques

http://www.axl.cefan.ulaval.ca/monde/langues_grecques.htm

Il est clair que pour tous, quelque soit la classification, cela ne remet pas en cause l'observation de la proximité linguistique du Macédono-aitolien avec le groupe grec .... Toutefois, cela reste intriguant car apparement, le débat n'est pas réellement tranché, ...

En gros, il n'y a que le texte de la Malédiction de Pella qui a permis de faire progresser un peu le débat, mais les linguistes doutent encore ...
Il se pourrait qu'il y ait une différence entre le Macédonien parlé au IVe siècle et le Macédonien parlé il y quelques deux-trois siècles plus tôt.

En outre, il se pourrait que la langue Macédonienne, de nature plus Bryge au départ, aurait basculé progressivement vers un parlé plus grec au fur et à mesure du temps.
Je n'ai aucune preuves de ce que j'avance, mon commentaire n'est qu'à l'état de conjecture, mais il serait bien de pouvoir faire évoluer le débat là dessus ....

Ajoutons également que les historiens voient également le fait que la la nation Macédonienne serait également l'unification de tribus diverses, notament les Doriens-Thessaliens, Bryges, Illyriens et Thraces.
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