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résiliation, résilience (français) / *sel- (IE) - Le mot du jour - Forum Babel
résiliation, résilience (français) / *sel- (IE)

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Auteur Message
Xavier
Animateur


Inscrit le: 10 Nov 2004
Messages: 3574
Lieu: Μασσαλία, Prouvènço

Messageécrit le Thursday 24 Jul 08, 19:24 Répondre en citant ce message   

Résiliation et résilience sont deux termes qui viennent du même verbe latin mais dont le sens a évolué différemment.

le latin resilio : sauter en arrière, revenir en sautant d'où : rebondir, rejaillir
du verbe salio (passé : saltum) qui a donné en français sauter

c'est ce sens qui est passé en anglais
resiliens (-entis) pour former resilience, terme que le français a emprunté a début du XXe siècle.

résilience : ce terme apparaît dans le domaine scientifique : résistance d'un matériau au choc, on parle de coefficient de résilience.

s'emploie aussi en économie : la capacité de résilience de l'économie américaine (je viens de voir cet emploi aujourd'hui)
au figuré, s'emploie à propos de la force morale : qualité de celui qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre.

L'adjectif résilient : qui présente une résilience au choc plus ou moins élevée (ex. le sapin est particulièrement résilient)


Il existe aussi un autre sens, en latin
resilio : se reculer vivement, d'où : renoncer, se dédire

se retrouve aussi dans le français résilier : c'est un terme de droit, il s'agit de mettre fin à un contrat.
Par extension, on l'emploie dans le sens d'abandonner, renoncer à quelque chose.

le nom est : résiliation.

Ancien français :
resiliment : rebondissement, rétractation
resilir : se départir
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José
Animateur


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10765
Lieu: Lyon

Messageécrit le Friday 25 Jul 08, 9:39 Répondre en citant ce message   

Le terme résilience est parvenu ces dernières années au grand public par le biais de la psychologie.

Boris CYRULNIK, psychiatre-éthologue, a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la résilience :
- Un merveilleux malheur
- Les vilains petits canards
Il y expose, à partir de cas concrets, la façon dont l'être humain peut rebondir après la souffrance et le drame. Le principe de résilience est assez proche du "ce qui ne me détruit pas me rend plus fort". Les ouvrages de Cyrulnik rencontrent un grand succès public.

Le philosophe Edgar MORIN a dit :
- L'éthique de l'oeuvre et de la vie de Cyrulnik nous est indispensable : c'est une éthique de lutte contre la refermeture du malheur, un refus de la résignation à la fatalité du malheur...

Quelques extraits de l'entretien donné par Cyrulnik au Monde de l'Education en 2001 :

Citation:
Le leitmotiv de tous vos livres, c’est qu’en dépit de sa souffrance, un enfant ayant subi un traumatisme n’est pas forcément condamné à être victime.

Dans notre culture, on encourage l’enfant blessé – et je ne sous-estime pas la gravité des traumatismes – à faire une carrière de victime. Anna Freud disait qu’il faut deux coups pour faire un traumatisme : le premier, dans le réel, c’est la blessure ; le second, dans la représentation du réel, c’est l’idée que l’on s’en fait sous le regard de l’autre. Or, nous avons précisément tendance à enfermer l’enfant blessé dans une étiquette qui l’empêchera de s’en sortir. Pendant des siècles, le simple mot de "bâtard" a massacré des centaines de milliers d’enfants nés hors mariage qui étaient honteux et malheureux de leur situation. Le regard des autres compte énormément et, d’une manière générale, je m’insurge contre tous les discours de fatalité à propos des victimes. J’ai suivi pendant très longtemps un petit patient ayant été incroyablement maltraité, on a réussi à s’occuper de lui comme de ses parents et il a bien évolué en faisant des études pour apprendre un vrai métier. Un jour, je le vois débarquer dans mon bureau plié d’angoisse parce qu’il était amoureux ! "C’est affreux, m’a-t-il expliqué, j’ai été maltraité, maintenant je vais le répéter", et il a fait une tentative de suicide. Il avait été doublement maltraité : par sa mère et par un slogan ravageur, hélas encore colporté chez les professionnels ! Les enfants maltraités ne sont pas obligatoirement condamnés à devenir des maltraitants. Certes les parents maltraitants ont très souvent été des enfants maltraités, mais il n’est pas obligatoire qu’il y ait une continuation, et toutes les études cliniques sur de longues périodes le confirment.

Après Un merveilleux malheur (Odile Jacob), votre dernier livre, les vilains petits canards, explore à nouveau la notion-clé de "résilience", cette capacité à se remettre de ses blessures. Il est d’abord important de rappeler l’origine très concrète du mot "résilience", qui vient de la physique.

En effet, c’est un mot que l’on trouve dans le dictionnaire employé pour désigner la résilience d’un métal, c’est-à-dire son aptitude à reprendre sa structure après un coup. On utilise aussi le mot "résilient" pour une sorte de ressort permettant, par exemple, l’ajustement entre deux wagons de chemin de fer. Et, bien sûr, il y a une grande proximité avec l’expression "résilier un contrat". L’autre jour, j’ai même découvert une publicité pour des "matelas résilients", ce qui, je l’espère, est un bon signe. Car, contrairement aux Etats-Unis, où le terme "résilience" est d’usage courant, tel un marqueur culturel d’optimisme, en Europe, il est plus difficile de l’imposer, comme si nous avions un penchant pour le misérabilisme.

Tout en soulignant que la résilience n’est synonyme ni d’invulnérabilité ni de réussite sociale, vous évoquez notamment Barbara, traumatisée par l’inceste et la guerre, qui a pu dire : "J’ai perdu la vie autrefois. Mais je m’en suis sortie puisque je chante". Voilà un exemple type de résilience ?

Exactement : je m’en suis sortie, ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas été affreusement blessée et que cela ne m’a rien coûté. Il y a des issues possibles : l’engagement affectif, intellectuel, social et la créativité artistique, même si ce n’est pas la voie la plus facile. Pour s’en sortir, il faut disposer très tôt de ressources en soi et pouvoir bénéficier des mains tendues ou tuteurs de résilience.

La mise en place des facteurs de résilience, expliquez-vous, commence pour l’enfant dans l’attachement, bien avant la parole et l’acquisition du langage.

En écrivant Les vilains petits canards, j’ai pensé à la thématique de Sartre : que vais-je faire de ce qu’on a fait de moi ? Avant la parole, on est façonné par le milieu dans lequel la vie nous a mis. Un enfant dont la mère est dépressive s’attache à elle et à son malheur selon un mode particulier qui peut devenir une prison affective. Voilà pourquoi il est important qu’il y ait tout de suite un triangle parental où la mère n’a pas le monopole des empreintes affectives et le père, un autre homme, une autre femme, voire une institution, joue un rôle quotidien réel. S’il n’y a pas ce système de poly-attachement autour de l’enfant, celui-ci devient un récipient passif et, quand un attachement s’effondre, il n’y a plus de substitut possible pour pouvoir continuer son développement malgré sa blessure.


Dernière édition par José le Friday 25 Jul 08, 14:22; édité 1 fois
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Laurenç



Inscrit le: 04 Jul 2008
Messages: 58

Messageécrit le Friday 25 Jul 08, 14:17 Répondre en citant ce message   

La citation de Cyrulnik replace bien l'invention du concept de résilience dans son contexte : il s'agissait de changer le regard sur l'enfant maltraité, vu non plus comme un objet cassé, une victime passive, mais comme un sujet acteur et capable de résistance. On ne peut donc comprendre le terme de résilience hors du débat sur la maltraitance des enfants. C'est pour ça que son emploi à tout va est parfois un peu choquant.
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Glossophile
Animateur


Inscrit le: 21 May 2005
Messages: 2097

Messageécrit le Thursday 05 Feb 09, 23:26 Répondre en citant ce message   

Citation:
Maurice et Lina rentrèrent à Nohant, Sand à Palaiseau. Dans ce deuil, une fois encore, elle étonna ses amis par son immédiate résilience.

André Maurois, Lélia ou la vie de George Sand (Hachette, 1950)

Dans cette phrase le mot signifie plutôt rebond qu'aptitude à rebondir. Ici, il s'applique au chagrin d'une grand-mère qui vient de perdre son petit-fils.
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Sibernadette



Inscrit le: 29 Oct 2008
Messages: 88
Lieu: Hérault, France

Messageécrit le Friday 06 Feb 09, 19:02 Répondre en citant ce message   

Ce sujet avait déjà été abordé par Bruno Bettelheim dans "Survivre".
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Patrick



Inscrit le: 03 Apr 2007
Messages: 599
Lieu: Βέλγιο: Βαλλωνία

Messageécrit le Saturday 14 Feb 09, 19:41 Répondre en citant ce message   

Au fond, on ne peut empêcher qu'un mot technique tombe dans le domaine public avec des sens édulcorés. La résilience en fait partie sans conteste.
D'autres empruntés au vocabulaire théologique (apocalypse = révélation par ex.), ou philosophique (les Idées de Platon) sont dans ce cas.
J'entendais hier à la radio nationale l'utilisation d'un anglicisme qui m'a fait d'abord dresser les cheveux qui me restent : 'impacter' dans le sens "to impact = avoir un effet sur", sens qui n'est pas français.
À force, je crains fort que ce sens nouveau qui nous vient du monde des affaires, se banalisent.
La résilience s'entend à présent en dehors du monde psychiatrique.
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Xavier
Animateur


Inscrit le: 10 Nov 2004
Messages: 3574
Lieu: Μασσαλία, Prouvènço

Messageécrit le Monday 26 Dec 11, 18:24 Répondre en citant ce message   

En anglais : he's very resilient

se traduit par :
sur le plan physique : il a beaucoup de résistance, il récupère bien
sur le plan mental : il a du ressort, il ne se laisse pas abattre
(Collins-Robert)

J'avais lu sur un forum, une qualité qu'on demande à un modérateur :
to be resilient to critique


Précisions sur le sens de l'anglais resilient (OED)
à l'origine, concernant un objet, ce terme exprime l'idée de retour à la position d'origine, après avoir été plié, comprimé, étiré...
puis sur le plan figuré, concernant une personne :
se relever, rebondir après avoir été déprimé, d'où le sens de joyeux, enjoué, gai, optimiste


En français :
"Je m'en suis sorti", s'étonnent les résilients qui, après une blessure, ont réappris à vivre (Boris Cyrulnik, les vilains petits canards)

On pourrait peut-être adopter en français ce terme dans ce sens :
"être résilient aux critiques" (être résistant, ne pas se laisser abattre...)
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José
Animateur


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10765
Lieu: Lyon

Messageécrit le Tuesday 03 Jan 12, 20:42 Répondre en citant ce message   

Xavier a écrit:
Ancien français :
resiliment : rebondissement, rétractation
resilir : se départir

Ces termes n'apparaissent pas dans le Dictionnaire Larousse d'ancien français.

Par contre, on trouve dans le Dictionnaire Larousse de moyen français :
- resilier / -ir
début XVIe S. - latin resilire : sauter en arrière
1. resilir de : se dédire de
je puis resilir de ma premiere volonté
2. se résilier de sa parole : révoquer sa promesse
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Jacques
Animateur


Inscrit le: 25 Oct 2005
Messages: 6511
Lieu: Etats-Unis et France

Messageécrit le Wednesday 06 Mar 13, 2:02 Répondre en citant ce message   

Le mot résilience devient très populaire en anglais, par le biais des écologues.

On parle de résilience quand il s'agit de résistance aux effets néfastes du réchauffement global.

On parlait de résilience des espèces naturelles au changement climatique, maintenant on parle de résilience des immeubles , des réseaux électriques etc.
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Papou JC
Animateur


Inscrit le: 01 Nov 2008
Messages: 8282
Lieu: Meaux (F)

Messageécrit le Wednesday 06 Mar 13, 9:10 Répondre en citant ce message   

Je crois qu'il faut bien distinguer la résilience de la résistance et ne pas employer l'un pour l'autre indifféremment, pour faire "moderne", c'est-à-dire "américain".
La résilience est un rebond après une chute, une baisse, c'est un nouveau départ vers le haut après un premier mouvement vers le bas.
La résistance n'est rien d'autre que la résistance, c'est encaisser les coups sans se laisser abattre ou démonter, c'est rester debout, dans sa position initiale.
Je peux comprendre qu'il y ait une résilience des espèces animales, mais la résilience des immeubles me laisse perplexe...
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embatérienne
Animateur


Inscrit le: 11 Mar 2011
Messages: 2778
Lieu: Paris

Messageécrit le Wednesday 06 Mar 13, 9:22 Répondre en citant ce message   

Il est vrai qu'on lit depuis longtemps en anglais l'expression "building resilience", mais il s'agit le plus souvent de "développer la résilience" plutôt que de la "résilience d'un immeuble". Mais je ne serais pas surpris cependant qu'on trouve le mot à la mode et qu'on l'utilise un peu n'importe comment.
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Papou JC
Animateur


Inscrit le: 01 Nov 2008
Messages: 8282
Lieu: Meaux (F)

Messageécrit le Wednesday 06 Mar 13, 9:35 Répondre en citant ce message   

Un petit ajout à mon post précédent : la résilience est la preuve même de l'absence de résistance, c'est dire ce qui sépare ces deux termes sur le plan sémantique. Le résistant n'a pas besoin d'être résilient, et le fait d'être résilient est la preuve même qu'on a manqué de résistance quand il aurait fallu en avoir.
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embatérienne
Animateur


Inscrit le: 11 Mar 2011
Messages: 2778
Lieu: Paris

Messageécrit le Wednesday 06 Mar 13, 10:00 Répondre en citant ce message   

C'est l'histoire du chêne et du roseau.
Dans la fable, c'est le résilient qui gagne, pas le résistant !
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Papou JC
Animateur


Inscrit le: 01 Nov 2008
Messages: 8282
Lieu: Meaux (F)

Messageécrit le Wednesday 11 Jan 17, 0:45 Répondre en citant ce message   

Un petit rappel des "mots du jour" qui se rattachent, comme celui-ci, à la racine indo-européenne *sel-, "sauter" : desultory (anglais), haltères, presule (italien) ...
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