Dictionnaire étymologique basque en français-espagnol-anglais



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Dictionnaire étymologique basque-français-espagnol-anglais
Dictionnaire étymologique basque par Michel Morvan,
linguiste membre de l'UMR 5478 du CNRS/IKER.


Remerciements

Je tiens à remercier tout spécialement mon ancien directeur de thèse et ami Jean-Baptiste Orpustan qui a toujours soutenu mon projet avec constance et m'a été d'une aide inestimable grâce à sa très profonde connaissance de la langue basque. Je remercie aussi tous ceux qui m'ont apporté leur soutien comme les regrettés Jean Haritschelhar, ancien président de l'Académie Basque, Henrike Knörr, Jacques Allières et Michel Grosclaude notamment, spécialiste du gascon.
Merci également à Claude Boisson de Lyon, à Jean-Pierre Levet de l'Université de Limoges, à Geneviève N'Diaye-Correar, à Vitore Sukaj pour ses informations sur l'albanais, à George Starostin de l'Université de Moscou, à Michaël Witzel de l'Université de Harvard, à Martine Robbeets spécialiste du japonais et de l'altaïque, à Eduardo Blasco Ferrer de l'Université de Cagliari qui travaille sur le substrat pré-sarde, à Antonio Faria qui travaille sur l'ibère et bien d'autres qu'il me serait trop long de citer ici.




Présentation

La langue basque, également appelée par les Basques eux-mêmes (endonyme) euskara, dérivé probable de la base *ausc- , du nom de la grande tribu aquitaine des Ausci (qui a donné son nom à la ville d'Auch dans le département du Gers, anciennement nommée Elimberri, du basco-aquitain ili "ville" et berri "neuve") est la seule langue vivante non-indoeuropéenne de l'Europe occidentale (il y en a d'autres en Europe cependant au nord comme le lapon (same) et le finnois, à l'est comme le hongrois). On dit généralement qu'il s'agit d'une langue pré-indoeuropéenne, c'est-à-dire antérieure à l'arrivée des Indo-Européens. Elle a résisté quasi miraculeusement aux invasions romaines, sauvée à temps, contrairement à l'ibère plus exposé à l'est de la Péninsule et près de la Méditerranée, par la chute de l'Empire Romain d'Occident alors que la partie nord-orientale de l'Aquitaine, devenue gasconne, était déjà romanisée, ainsi que, par la suite, aux Wisigoths et aux Francs (qu'on se souvienne de Roncevaux!). Il semblerait aussi que les Basques aient moins subi la domination romaine que d'autres peuples, bénéficiant peut-être d'une relative bienveillance des Romains à leur égard. Enfin il semble que les forts traits socio-culturels spécifiques aux Basques et leur forte tradition orale aient contribué au maintien de la langue. Le repli dans les montagnes a également joué son rôle. Ce n'est donc pas un seul facteur qui a permis à la langue basque de se maintenir, mais un ensemble de plusieurs facteurs.




Les origines de la langue basque

Cette langue semble plonger ses racines profondes dans la nuit des temps préhistoriques. Beaucoup trop de linguistes la considèrent encore comme complètement isolée, sans parenté avec d'autres langues non-indoeuropéennes, mais on sent bien qu'un malaise subsiste au sein de la communauté des linguistes qui n'a cessé d'osciller entre parenté et non-parenté. Cette théorie de l'isolat au sens strict est probablement fausse et obsolète, un peu trop simpliste. On en mesurera certainement bientôt le caractère infondé. Rien ne permet de l'étayer. C'est une impasse scientifique, avec de plus un danger d'ossification dogmatique. Il faut essayer d'avoir un regard un peu plus affûté. Une révison drastique et un changement de paradigme semblent inévitables. De nombreux faits ont ébranlé ma croyance dans la prétendue énigme linguistique basque. Le basque n'est pas né ex nihilo par auto-création, cela reviendrait à dire que le basque vient...du basque (!) (et d'où viendraient tous les mots autochtones et surtout leurs racines?) comme certains irréductibles le voudraient et des investigations plus poussées semblent montrer des liens avec certaines autres vieilles langues non-indoeuropéennes et pré-indoeuropéennes comme les langues du Caucase, les langues sibériennes ou les langues dravidiennes de l'Inde. Partir à la recherche de parents du basque, même lointains, n'est donc pas une équipée absurde ni un défi prométhéen. Au demeurant la récente confirmation par Edward Vajda (Fairbanks 2010) des liens linguistiques entre le Na-Dene amérindien et les langues iénisséiennes (kèt, etc.) démontre que l'on peut remonter très loin dans le passé des langues et que les comparaisons même géographiquement lointaines sont parfaitement justifiées. La bonne méthode est celle qui permet de trouver. L'erreur a toujours consisté à vouloir trouver une origine précise et localisée aux Basques comme vient encore de le montrer Jaime Martin qui veut que les Basques aient pour origine les Dogons du Mali (sic). A l'aune des dernières recherches, c'est dans une démarche holistique et dans le cadre beaucoup plus large de l'Eurasie pré-indoeuropéenne tout entière qu'il convient de chercher des correspondances lexicales à peu près certaines.

Plus près géographiquement le basque semble avoir laissé des traces assez nettes dans la langue et la toponymie pré-romane de l'Occitanie et des régions reculées et montagneuses de la Sardaigne (travaux de E. Blasco Ferrer et moi-même) comme la Barbagia et la région de Nuoro ou de l'Ogliastra où la résistance à la romanisation a été la plus forte. Au demeurant la parenté entre les Basques et les Sardes (ainsi que les premiers Corses) est d'ailleurs confirmée par les travaux des généticiens des populations (haplogroupes et distances génétiques calculées à l'aide de la méthode du neighbor joining, cf. Giovannoni et al., Antropo, 11, 2006). Cette parenté englobe bien sûr une bonne partie de l'Occitanie pré-romane et pré-indoeuropéenne (substrats) comme l'avaient fort justement pressenti certains chercheurs (V. Bertoldi, J. Hubschmid, A. Nouvel par exemple). Or il apparaît que la toponymie confirme ce fait. Il y a en Occitanie des noms comme Aran "vallée" y-compris en Provence, les fameux oronymes Cuc, Tuc, Suc ( devenu Juk en basque) que l'on retrouve de façon étonnament similaires dans le substrat des Balkans (cf. albanais kuk, kujk "tête, colline", sukë "colline", hongrois csúcs "id.".) et même au-delà (dravidien kukk "tête", mongol gög- "hauteur", vieux-coréen kokai "id."). On a donc affaire à une vieille base eurasienne.



Il convient de bien comprendre qu'il y a à la fois des parentés proches (le basque forme probablement une sorte de "famille" avec le substrat pré-latin/pré-indoeuropéen, cf. par ex. albanais derr "porc" et basque zerr-i "id.", albanais kotorr "robuste" et basque gotor "id.", albanais iphordi "pet" et basque ip(h)urdi "cul", le paléosarde et le paléocorse et sans doute l'ibère ) et des parentés plus éloignées, plus diffuses, qui expliquent que l'on puisse trouver exactement les mêmes termes préhistoriques résiduels répartis sur plusieurs familles de langues comme c'est le cas par exemple du basque guti "peu, petit" que l'on retrouve en dravidien (guti, kuti "petit"), en toungouse (nguti "petit") et même en austronésien (waray guti-ay "petit") ou en amérindien *k'ut'i). Lorsqu'on est en présence d'une telle série, il ne peut en aucun cas s'agir de coïncidences fortuites et cela prouve que ce type de comparaisons éloignées peut être tout à fait opérationnel. En matière de comparatisme linguistique il existe bien entendu des coïncidences fortuites, tous les comparatistes le savent, cela fait partie intégrante des aléas du comparatisme, mais "pas à tous les coups!". C'est pourquoi il ne sert à rien de répéter indéfiniment comme une vieille antienne l'exemple de l'anglais et de l'iranien bad qui signifient tous les deux "mauvais" mais ne sont pas apparentés. Il y a une marge importante entre les excès des traditionalistes qui refusent d'avancer et ceux de certains omnicomparatistes "long-range" américains comme J.D. Bengtson qui vont parfois trop loin et de plus ont une connaissance à mon avis bien trop superficielle du basque. Paradoxalement on pourrait même se poser la question de savoir si certains termes fossiles ne sont pas encore plus anciens. J.D. Bengtson nie par exemple bien à tort l'existence du basque ukho "avant-bras" dans le composé ukhondo "coude" qu'il explique faussement par une étrange et impossible analyse proto-basque *u-kondo avec un préfixe purement imaginaire u- sous prétexte d'un rapprochement avec le caucasien *kwondo "coude" (alors que (h)ondo "base" est un emprunt au latin fundum!). L'existence du basque ukho "avant-bras" est absolument sûre (cf. ukhabil "poing" composé de ukho et bil "forme arrondie", ukorde "manche" de uko et orde "substitut"). R.L Trask (Mother Tongue, 1, 1995)et moi-même (Fontes Linguae Vasconum, 1997) avions mis en garde contre cette erreur. Plus étonnant peut-être encore la langue est-africaine hadza (branche séparée isolée mais parfois rattachée à la famille khoisan) possède le terme ukhwa "main, bras" et une base *uk-, huk- existe aussi en Asie (ainu, limpu). On n'est peut-être plus si loin que cela, toute proportion gardée, de la théorie "Out of Africa"! Pour l'Homo Sapiens Sapiens s'entend. On notera aussi avec intérêt qu'en khoisan existe un terme etsa pour "maison" et que certains spécialistes du basque reconstruisent le proto-basque *etse, esa- comme ancêtre de l' etxe (etche) basque moderne qui semble être une forme secondaire ou diminutive et affective (notamment pour expliquer ezkondu "se marier", cp. esp. casarse "id.", de casa "maison", fr. "se caser"). Cette répartition des bases ou racines du basque sur plusieurs familles ou superfamilles de langues (on dit aussi macrofamilles) pourrait bien au demeurant expliquer également la raison pour laquelle il a résisté si longtemps aux investigations des chercheurs qui ne parvenaient pas à le "classer" selon les critères habituels. Des critères bien trop étroits, d'où la théorie de l'isolat qui en faisait précidément une langue "inclassable". Bien entendu il va de soi que plus on s'éloigne du Pays basque et plus la parenté apparaît diffuse et diluée, ce qui est logique, mais de vieux termes de base se sont maintenus: guti comme on l'a vu plus haut mais aussi des mots comme le basque bizar, mitxar "barbe" que l'on retrouve en caucasien avec bisal "id." et en dravidien avec misal "id.", les mots basques beh-i "vache" et beh-or "jument" viennent du proto-basque *beh- "animal femelle" qui correspondent au bouroushaski behe "animal femelle", le basque khe "fumée" et le caucasien du nord khe "id." qui désigne aussi la toux provoquée par la fumée. Le fait que l'on ne trouve que quelques correspondances avec le basque dans chacune des familles étudiées est tout à fait normal, cela prouve précisément la très grande ancienneté du basque. C'est aussi la raison pour laquelle on n'a pas su lui trouver une parenté précise (hormis peut-être l'ibère voisin mais cela ne fait que repousser le problème) et pourquoi une méthode comme la méthode lexico-statistique de Morris Swadesh s'applique très mal au basque. Cette méthode ne permet pas de trouver la parenté entre le basque allu "vagin, vulve, chose énorme" et l'aymara allu "pénis" ou l'algonquin os "père" et le basque os-aba "oncle". Encore une fois il faut bien comprendre que vu son ancienneté le basque est apparenté à plusieurs familles linguistiques à la fois, même si cela peut paraître étonnant au regard du comparatisme traditionnel. Le basque vient du proto-eurasien et même des comparaisons lointaines avec les langues amérindiennes sont également justifiées étant donné l'origine proto-eurasienne de ces dernières.

Actuellement, hormis le cas en attente de l'ibère voisin, langue morte dont on ne comprend encore seulement que quelques bribes malgré le déchiffrement de son écriture par Gomez Moreno et parce qu'il n'y a malheureusement pas de long bilingue (l'ibère n'a pas sa pierre de Rosette, mais des progrès très intéressants sont en cours), la langue la plus proche du basque ou du basco-aquitain est probablement le pré-occitan ou pré-roman et la langue paléosarde pré-romane: sarde ospile "lieu frais" (basque (h)ozpil "id."), arrotzeri "vagabond" (basque arrotz "étranger"), village d'Aritzo (basque aritz "chêne"), Funtana gorru "source rouge"? (basque gorri "rouge"), arru "pierre" en oronymie (basque arri "id.", cf. Arro en Corse), Bacu Anuntza "combe des chèvres" en Sardaigne près de Seulo (proto-basque *anuntz donne le basque moderne ahuntz "chèvre"), nombreux toponymes sardes commençant par Aran- (basque aran "vallée"), etc. Dans le nord de la Sardaigne et le sud de la Corse on trouve également le même type de substrat, par exemple en dialecte corse gallurais où zerru signifie "cochon, porc" (basque zerri "id", très probablement apparenté aussi à l'albanais substratique pré-indoeuropéen derr "id.". Là encore pas de coïncidences fortuites mais au contraire une parenté quasi certaine.

Des formes indubitablement basques sont également présentes en Provence dans le sud-est de la France: l'étude de la toponymie y révèle au moins deux Val d'Aran (tautologies par démotivation du terme le plus ancien, ici le basque aran "vallée" et par extension "cours d'eau de vallée" ou l'inverse) identiques au Val d'Aran du nord-ouest de la Catalogne. Un vaste substrat est donc représenté dans la toponymie. Une forme telle que le pré-roman occitan *kuk, kok, tsuk, suk "hauteur" est observable dans les Alpes sous la forme tschugg et dans tous les Balkans (cf. par exemple albanais kok "tête", kojk "colline", sukë, çuk "colline, sommet", hongrois csúcs "id.") et même jusqu'en dravidien (kukk) et au-delà (mongol gög-, vieux-coréen kokai, japonais kuki "hauteur"). La forme basque correspondante est *juk- avec affaiblissement de la consonne initiale (cf. le toponyme basque Juxue, in J.B.Orpustan, Nouvelle Toponymie Basque, Bordeaux, 2006), phénomène d'évolution phonétique connu par ailleurs comme par ex. avec la racine pré-indo-européenne *kar/gar "pierre" qui a donné le français dialectal jar "caillou de rivière". De même une base comme *gVb- (V = voyelle), celle des "gaves" pyrénéens, correspond au caucasien xab "ravin", au dravidien kavi "vallée encaissée", au japonais gawa/kawa "rivière" (du proto-japonais *kVp), la signification première étant ici "forme concave, creuse". La même racine apparaît dans le basque habuin "écume" qui a comme parents l'ouralien hongrois hab "id.", l'altaïque xafun "id.", le yénisséien hapur "id.", l'eskimau qapu(q) "id.". Il est regrettable que mes collègues chercheurs n'aient pas été capables de remarquer ou n'aient pas voulu remarquer ces parentés et qu'existent des ouvrages comme le dictionnaire étymologique (inachevé) de R. L. Trask qui nient toute parenté du basque avec d'autres langues, ce qui constitue une grave erreur. Il n'y a pas de secret indomptable, de nuit opaque qui nous ferme à jamais la mémoire de la langue basque. La théorie de l'isolat est plus une théorie de circonstance qu'autre chose. On l'a énoncée faute de mieux (et parfois avec certaines arrières-pensées bien peu scientifiques) et il est bien imprudent d'en faire un dogme. Les faits s'imposeront tôt ou tard et il nous faudra faire litière de cette théorie.

En la matière (Boyd & Boyd, Vallois, Mourant, Ruffié, Bernard, Moulinier, Levine) on a beaucoup parlé du groupe sanguin des Basques par exemple, à fort pourcentage de sang du groupe O (73 à 75%). Mais cela n'indique en réalité que l'isolement ou la dérive génétique (genetic drift) ou encore ce qu'on nomme "effet du fondateur". D'autres populations que les Basques ont connu le même phénomène: Irlandais de l'ouest (74 à 76% de O d'après D. Tills et A.E. Mourant), Islandais, Aborigènes d'Australie (76% de groupe O) ou Amérindiens (98% de groupe O) selon L. L. Cavalli-Sforza: comme on le voit chez ces derniers Amérindiens les groupes sanguins A et B ont même quasiment entièrement disparu, notamment chez les Amérindiens non métissés, après le goulot d'étranglement (bottleneck) du passage de l'Asie vers l'Amérique et les longs millénaires du peuplement de ce dernier continent qui d'après les spécialistes semblent s'être produit en trois vagues successives.




Reconstruction interne

La reconstruction interne est également importante. Elle permet de restituer des formes proto-basques. Luis Michelena y a apporté une très importante contribution. En observant les emprunts au latin, on s'est aperçu par exemple que le basque ahate "canard" venait du latin anatem "id." ou ohore "honneur" du latin honorem. Par conséquent le -n- intervocalique est tombé et a été remplacé par -h- aspiré (anate > anhate > ahate). A partir de là on a pu en déduire qu'il devait en être de même pour des mots purements basques. Il est très probable par exemple que le terme basque ahuntz "chèvre" soit issu du proto-basque *anuntz. Il existe d'ailleurs un toponyme basque Anuncibay et un toponyme sarde Bacu Anuntza "ravin des chèvres" signalé par E. Blasco Ferrer. Le problème est de savoir où il faut s'arrêter dans la reconstruction interne. Le risque est d'extrapoler à partir d'une constatation correcte en soi. La règle de la chute du -n- intervocalique appelée parfois "loi de Michelena" n'est sans doute pas absolue. Il y a peu de "lois phonétiques" absolues en basque. Et si en plus, à partir de cette règle, certes valable, on extrapole de façon hasardeuse et systématique des reconstructions comme celles de J. A. Lakarra du type ihintz "jonchaie" < *inintz (acceptable) < *ninintz avec redoublement (très douteux) ou ohol "planche" < *onol < *nonol (sic), on obtient des formes étranges qui font du proto-basque une langue quelque peu infantile proche de la lallation ou du babillage, surtout si l'on applique le redoublement (qui existe certes comme pour gogor "dur" qui est clairement attesté en même temps que gor "dur, sourd" dans le lexique) à d'autres termes en dehors même de la règle du -n- intervocalique: adar "corne" < *dadar, odol "sang" <*dodol, etc. Prudence! Attention au biais méthodologique. Ces solutions paraissent bien onéreuses. Et je passe sur ogi "blé, pain" que Lakarra fait venir de hor "chien" (sic) ou esne "lait" de behi-seni-edabe "boisson du petit de la vache" (sic), izar "étoile" de Siriu-za. Il ne suffit pas de paraître "scientifique" (ou plutôt pseudo-scientifique en l'occurrence)et offrir des restitutions qui sont en apparence seulement attirantes ou satisfaisantes pour l'esprit. En triturant plusieurs fois les mots par contorsions successives on peut obtenir tout ce qu'on veut, y-compris prétendre comme certains que le basque est une langue indo-européenne. Jaime Martin fait exactement la même chose avec le dogon qu'il prétend être l'ancêtre direct du basque (sic). En refusant que le basque soit apparenté à d'autres langues et en le maintenant uniquement en situation de se regarder le nombril on risque d'arriver à des reconstructions extravagantes. Le terme basque adar "corne" signifie aussi "arc, branche" (ce qui fait du reste dire à J.D. Bengtson qu'il y a plusieurs mots homonymes (et même homographes) adar en basque alors qu'il s'agit bien d'un seul et même mot !!). Or un terme addar "arc" existe en caucasien du nord et dar "branche" existe en munda (langue de l'Inde pré-indoeuropéenne a côté d'autres langues comme les langues dravidiennes). Voilà des pistes intéressantes à creuser. En revanche il est bien hasardeux et imprudent d'affirmer comme le fait J. A. Lakarra que arraultze "oeuf" n'a pas de rapport avec erron "pondre" (au contraire il en a bien un comme le prouve sa variante arrontze!) ou de proposer pour urde "porc" une forme romane turpe/*durpe devenue subitement *burde (sic), pour hagin "dent" un emprunt à une forme latine caninu (sic) alors que c'est une forme apparentée au caucasien du nord xagin, xagna et au yénisséien *aG-, pour belar "herbe" le roman hierba (sic), pour aiher "penchant" le gascon cranhe "craindre" (sic), pour aulki "siège" un prototype *abedul-gi (sic), que ezkabia est un composé de hatz et scabia alors qu'il s'agit seulement du latin scabia et je passe sur bien d'autres invraisemblances qui créent des monstres comme ibai "fleuve, rivière" qui viendrait de *hur-ban-i "eau coupée"(sic) alors qu'on a seulement bai dans la toponymie ancienne (Baigorri, Bayonne, etc.), ou arraultza "oeuf" de *e-da-ra-dul-tza (sic), ezker "gauche" de *hertz-gu(n)-ger (sic), etc. Ce sont là les limites de l'exercice. Ensuite cela devient totalement contre-productif. L. Michelena qui avait pourtant montré des voies très intéressantes pour le proto-basque doit se retourner dans sa tombe au vu de ces reconstructions excessives, voire carrément absurdes, qui entachent la bascologie. J.A. Lakarra est donc plutôt malvenu de critiquer mes comparaisons du basque avec des langues non-indoeuropéennes, lointaines ou non. En fait l'anti-comparatisme aboutit à chercher à tout prix des reconstructions internes ou des emprunts, fussent-ils absurdes, pour ne pas donner prise aux comparaisons externes. Est-ce bien là une démarche scientifique? Il arrive parfois et presque par hasard que l'analyse soit bonne comme pour *e-der "beau" qui dégage une racine *der bien que la voyelle initiale e- ne soit pas un préfixe comme le prétendent certains. Mais comme le reconstructeur J.A. Lakarra nie par ignorance toute parenté du basque, il ne voit pas que cette racine est la même que dans le vogoul eder, ater "beau, clair" et le hongrois der-ül "briller", le dravidien ter "id." et le japonais ter-asu "id". Une racine eurasienne absolument sûre par conséquent.



Enfin il est possible que le basque ait été parlé il y a fort longtemps dans une zone plus vaste en Europe peut-être à la faveur d'un recul glaciaire. C'est ce que pense le linguiste allemand Théo Vennemann. Il est exact qu'il y a des formes basques en dehors du Pays basque puisqu'on trouve comme on l'a vu des tautologies comme Val d'Aran (basque aran "vallée") dans le sud-est de la France (Bouches-du-Rhône, Var), fait curieusement peu ou pas signalé jusqu'ici. Mais Vennemann va parfois trop loin. Par exemple lorqu'il voit dans tous les toponymes français du type Evry, Ivry, Ebreuil, etc. et même dans la ville normande d'Evreux le terme basque ibar "vallée" alors que tout le monde sait que c'est un nom gaulois (tribu gauloise des Eburovices, et de plus le vieil Evreux situé non loin de là se nommait déjà Mediolanum, nom celte lui-aussi évidemment). Tous ces noms de la toponymie française sont formés sur le gaulois eburo "if". Mais sur le principe il n'a peut-être pas tort de remonter aussi haut vers le nord. J'ai ainsi découvert en Bavière une rivière Loisach (le segment -ach est un suffixe hydronymique germanique accolé postérieurement) qui traverse de grandes zones marécageuses au sud de Murnau (le Murnauer Moos). Ce nom Lois s'expliquerait fort bien par le basque lohitz "marécage" (de lohi "boue") qui a donné aussi le nom de Saint-Jean-de-Luz (attesté luis au Moyen-Age). De même le massif alpin bavarois Estergebirge semble répondre aux noms de lieux basques du type Ezterenzubi ("pont des gorges"), Ezteribar, etc. Il est donc possible que les noms germaniques en Ebr- ou Ibr- (Ebrach, Ibrach, etc.) soient en effet comme le prétend Vennemann des hydronymes excluant complètement une interprétation par l'allemand Eber "sanglier" bien qu'on puisse avoir parfois également des cas où il s'agit réellement de sangliers (notamment Eberbach). La même chose vaut pour les nombreux Auerbach, Urbach qui ont été sans doute interprétés à tort par "ruisseau des aurochs" alors qu'il faut y voir probablement le préceltique (et par conséquent aussi le basque) ur "eau, cours d'eau". Ce type existe aussi en France, notamment en Alsace: Urbeis, Orbey et ailleurs Orbais (Marne), voire en Normandie avec Orbec dont la finale est le scandinave bekr "ruisseau" équivalent du "Bach" allemand.




L'origine des Basques

Il y a environ 30000 ans sont arrivés d'Asie les premiers Européens d'haplogroupe R issu de la mutation de P (pour ce qui est du chromosome Y ) qui vinrent buter à l'ouest sur l'Océan Atlantique. Ils laissèrent derrière eux d'autres groupes et des isolats ethniques et linguistiques encore existants aujourd'hui (Sibérie, Caucase, Bouroushos, etc.). Un groupe de Pré-Basques (c'est-à-dire pas encore Basques, ceci est important) d'haplogroupe R1b plus spécifique à l'Europe occidentale (avec un maximum de près de 80% au Pays basque et en Irlande) s'établira dans la zone refuge franco-cantabrique (ancienneté encore confirmée récemment en 2012 par une étude portant sur l'ADN mitochondrial de la lignée maternelle basque, cf. Behar et al.) où il se sédentarisera progressivement tout en étant bien protégé dans une contrée montagneuse d'accès relativement difficile. Là il se constitua en peuple basque proprement dit avec sa langue particulière dont certains éléments sont indubitablement hérités du long parcours qu'ils ont connu ou que leurs lointains ancêtres ont connu depuis des millénaires et dont on trouve encore des traces en Eurasie dans d'autres langues non-indoeuropéennes, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'ont pas subi de mélanges avec d'autres populations, notamment néolithiques (il a dû y avoir au demeurant plusieurs vagues de migrants). Même si l'on ne connaît pas avec précision les modalités exactes de ces mouvements de populations, le doute n'est plus permis. Trop d'éléments viennent confirmer que le basque n'est pas une langue aussi isolée qu'on l'a prétendu même si elle n'entre pas dans le cadre des familles de langues habituelles. La nouvelle approche classificatoire en superfamilles constitue la seule échelle qui convienne pour le basque.





Le basque a quelques particularités phonétiques

- l'absence de /f/ à date ancienne (d'où l'évolution f > h du castillan et du gascon par effet de substrat: latin filiu "fils" > espagnol hijo, gascon hilh "id.".

- l'absence de mots commençant par le phonème /r/ qui impose dans les emprunts romans la présence d'une prothèse vocalique e- ou a- (comme en gascon et, curieusement, dans certaines zones de la Sardaigne ou de la Sicile ) avec redoublement rr: latin rege) "roi" donne en basque errege "id.".

- la difficulté de prononciation des groupes de consonnes (en particulier les "muta cum liquida") : le roman proba "preuve" donne en basque boroga avec dissimilation du groupe pr- et sonorisation p > b, ou bien pluma "plume" devient luma avec perte du p- initial, florem "fleur" devient lore, etc.

- la sonorisation des consonnes initiales : latin pace "paix" devient en basque bake. Cela est dû à son caractère non-indoeuropéen et à son propre caractère basque. Lequel peut expliquer parfois des trajectoires d'évolution phonétique similaire comme par exemple basque apez "prêtre" et ouralien apez "prêtre, chamane". On notera qu'une autre langue non-indoeuropéenne d'Europe, le lapon ou same, sonorise également les initiales. Les Lapons constituent génétiquement un mélange de Caucasoïdes et de Mongoloïdes. On pense parfois que les Lapons (Sames) sont des Proto-Européens qui ont adopté une langue finnoise. Mais dans ce cas, quelle langue parlaient-ils auparavant? Les faits ne sont pas clairs, d'autant que certaines racines finnoises et basques sont identiques (estonien siug "serpent"/basque suge "id." par exemple).

- la présence en espagnol et en français (mais aussi dans certains dialectes ou autres langues romanes et notamment le sarde) d'une voyelle devant les groupes de consonnes du type sc-, sp-, st- typiquement indoeuropéens qui laisserait à penser que les populations autochtones pré-indoeuropéennes ne savaient pas prononcer ces groupes de consonnes (appelés parfois "clusters"): lat. scala > fr. escale, lat. spica > esp. espiga "épi", germ. sporn, spern > fr. éperon (cf. breton spern "épine"), etc.



NB. Les datations des premières attestations d'un mot sont évidemment relatives. Avec le basque on n'est pas dans la même situation qu'avec le français par ex. dont on voit la naissance à partir du latin. Beaucoup de termes basques originaux (non empruntés aux langues romanes ou autres) remontent à la préhistoire. En l'absence de textes écrits (on ne débattra pas ici du cas épineux des inscriptions de Veleia tenues pour fausses par certains et authentiques par d'autres, bien que la balance semble pencher en faveur de l'authenticité) et abstraction faite des inscriptions aquitaines ou ibères, il est impossible de dater ces termes préhistoriques, ce qui ne doit nullement empêcher la comparaison avec d'autres langues ou familles de langues très anciennes elles-aussi. Ce serait là encore une lourde erreur. Bien entendu il va de soi que les termes attestés dans la toponymie et l'onomastique seront généralement datés avec des dates plus anciennes que celles des mots qui n'y figurent pas.
Remarque: La date de 1905 correspond aux termes contenus dans le dictionnaire d'Azkue lorsqu'il n'y a pas d'attestations plus anciennes ailleurs.





Voir aussi :

abréviations

Bibliographie






Dictionnaire étymologique basque

Contact : Michel Morvan